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3ème édition du concours Beauty.IA

19 Septembre 2016, 18:02pm

Publié par Grégory SANT

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Quand des programmes informatiques dirigent un concours de beauté, il ne faut pas s’attendre à ce que les critères soient des plus représentatifs et pas même des plus objectifs.

Si vous pensiez que le beau n’était qu’affaire de goût et donc de subjectivité, cela ne semble pas être l’avis de la plate-forme Beauty.Ai. Celle-ci a organisé le premier concours de beauté du monde dont le jury est composé uniquement…de machines.

Vous avez bien lu. Rynkl, Madis, Pimpl, AntiAgeist et Symmetry master sont cinq intelligences artificielles qui ont été entraînées à évaluer la beauté des candidats selon des critères physiologiques bien précis : rides, symétrie faciale, couleur de peau, ethnicité et sexe… Car d’après Youth Laboratories et Insilico Medicine, les deux entreprises qui se cachent derrière ce projet insolite, les humains « évaluent naturellement votre âge grâce à la taille et à l’intensité des rides sur votre visage« . C’est pourquoi elles ne veulent pas « simplement vous aider à surveiller l’apparition de vos rides, mais à lutter contre elles scientifiquement et professionnellement« .

Et pour le faire professionnellement, les deux entreprises ont créé Rinkl. Une application qui a été nourrie par les contributions de milliers de personnes appelées à donner leur avis sur l’intensité des rides dans les zones qu’ils pensent être les plus importantes. Une méthode de crowdsourcing croisée à des techniques de deep learning prenant en compte d’autres indicateurs comme votre taille, poids et votre ethnicité, la mesure de rides leur aurait permis de façonner un algorithme capable d’identifier le degré d’évanouissement de votre beauté… Et ce n’est pas tout, les ingénieurs de Beauty.Ai ont prolongé l’expérience avec un service de personnalisation cosmétique : parcourez les rayons pharmaceutiques avec votre smartphone, et l’appli vous dira quel elixir choisir.

Voilà donc un bel exemple de programme informatique prétendument standardisé mais en réalité infesté à la source de préjugés sur la beauté. Le MIT Technology Review avait déjà soulevé la problématique en alertant sur l’idéalisation de l’objectivité des programmes informatiques. Or, ces derniers sont conçus par des êtres humains non dépourvus de stéréotypes et de biais cognitifs et culturels. A défaut d’être totalement neutre, les algorithmes sont surtout les reflets d’une certaine représentation de la société, celle qui a nourri le programme lors de sa phase d’entraînement, or aucune représentation n’est dépourvue de biais.

Le concours de beauté du futur ?

Selon Alexey Shevtsov, co-fondateur de Youth Laboratories « l’intelligence artificielle a déjà dépassé les humains en terme de reconnaissance d’images, et peu s’en faut pour qu’elles soient capables d’évaluer l’attractivité des humains, de s’attaquer au stylisme et même de concevoir des parfums« . Et pour le prouver au reste du monde, lui et sa compagnie ont donc entrepris de créer une plate-forme réunissant les chercheurs intéressés par « l’opinion des robots » afin de concevoir des systèmes intelligents capables de « comprendre le beau« . Un concept dont l’essence n’est pas si facile à capturer, en témoigne les tentatives répétées de nombreux philosophes à travers l’Histoire, comme Platon et Kant, qui se sont heurtés à un véritable mur.

Pour faire la promotion de leur démarche, les deux entreprises ont donc eu la bonne idée d’organiser ce concours de beauté assez singulier. L’objectif étant, toujours selon Shevtsov « d’attirer le plus de monde à s’intéresser à la découverte d’une perception impartiale de la beauté, en prenant en compte l’âge, le genre et des milliers d’autres paramètres« . Du côté d’Insilco Medicine, les motivations ne sont pas étrangères : « je veux comprendre comment la perception de la beauté apparente d’une personne évolue avec l’âge. Les humain sont généralement biaisés dans cette mission, et il nous faut un robot pour offrir une vision impartiale » explique Alex Zhavoronkov, le CEO de Insilco Medicine. Dans tous les cas, il s’agit d’une démarche aux accents universalistes assez surprenants de la part d’entrepreneurs russes.

L’idée peut paraître saugrenue, mais plus de 600 000 personnes ont soumis leur photo à l’organisation avant le 5 juillet dernier. Des photos qui devaient respecter un protocole stricte : bonne luminosité, de face, sans maquillage, sans lunettes et sans barbe. Les organisateurs les ont ensuite soumises à leur programme informatique. Et ils ont finalement pu déclarer 5 vainqueurs pour chaque tranche d’âges (par tranche de neufs ans entre 18 et 69 ans).

Voici donc les résultats de ce concours, nous ne vous présentons que les gagnants dans les deux premières tanches d’âge :

On peut déjà voir que l’application n’a jamais deviné l’âge d’un individu, se trompant parfois de 8 ans. A noter que les critères d’évaluation sont tout sauf affinés dans la mesure où les candidats dont l’âge réel était le plus éloigné de l’âge prédit par la machine recevait le plus de points.

En résumé, selon les robots de Beauty.Ai, est beau celui qui a le visage le plus lisse, le plus symétrique, le plus jeune et du fait de l’écrasante majorité de participants de type caucasiens ou asiatiques (75% du total), tous les lauréats étaient de type européen sauf 6 asiatiques.

Faute avouée, à moitié pardonnée ? Les organisateurs du concours semblent bien conscients des limites de leur approche et l’idée était avant tout d’attirer l’attention sur une technologie en plein essor et qui pourrait à terme parvenir à mieux évaluer la beauté. Le CTO de Youth Laboratories a d’ailleurs expliqué à Motherboard que leur « base de données était composée en majorité de personnes blanches. A cause de cela, il est possible que notre algorithme soit biaisé« . En plus de cela, il a précisé qu’il était possible que l’algorithme ne soit pas complètement adapté aux teintes de couleur de peau plus sombres et que les rides et autres caractéristiques du visage pouvaient être plus difficiles à détecter dans ces cas précis.

Le CTO et son équipe prévoient déjà d’élargir leur échantillon d’analyse pour la prochaine édition de leur concours en mettant l’accent sur ces populations écartées. Il appelle d’ailleurs à ce que soit créée une grande banque d’images haute-définition de visages de personnes provenant des quatre coins du monde afin que l’industrie puisse bénéficier d’une base de travail équilibrée, le problème étant que la plupart des ingénieurs qui développent des applis de machine learning ommettent ce type de détails pour sortir leur produit le plus rapidement.

Prochaine étape pour Beauty.ai ? Le lancement d’un concours en public dès 2017, l’élection de Miss Moscow State University à la fin du mois ainsi qu’une troisième édition du concours Beuty.AI.

Source : hunamoides.fr

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