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Le roseau : nouvelle arme anti-pollution

20 Juin 2018, 18:59pm

Publié par Grégory SANT

Daniel Tremblais, patron des pépinières Aquamoine, spécialisées dans les plantes aquatiques à Gétigné (Loire-Atlantique).
Daniel Tremblais, patron des pépinières Aquamoine, spécialisées dans les plantes aquatiques à Gétigné (Loire-Atlantique). | Ouest-France

Le Salon du végétal ouvre à Nantes ce mardi. Daniel Tremblais, patron des pépinières Aquamoine à Gétigné (Loire-Atlantique), y expose ses plantes aquatiques épuratrices des eaux usées.

À Gétigné (Loire-Atlantique), les pépinières Aquamoine bichonnent 250 espèces et cultivars de plantes aquatiques. Lotus, iris, myosotis des marais, carex, joncs et autres roseaux font trempette dans des bassins où chantent les grenouilles. Le patron, Daniel Tremblais, 56 ans, arpente ce royaume d'eau et de verdure, parsemé de fleurs de nénuphar.

Un passionné qui connaît ses protégées sur le bout des racines. « Voici le jonc des chaisiers. Ses tiges servaient jadis à rempailler les chaises ou à lier les bottes de poireaux. » Aujourd'hui, cette graminée lacustre intéresse les collectivités et les entrepreneurs paysagistes pour son aptitude à stabiliser les berges et pour son pouvoir épurateur. « Toutes les plantes qui se développent dans l'eau sont capables de l'assainir en captant les polluants par les racines et le feuillage », explique le pépiniériste.

Panoplie complète

À ce petit jeu de la phytoépuration, c'est le roseau qui se montre le plus gourmand en métaux lourds, le plus boulimique en matières fécales, le plus assoiffé de molécules chimiques. Il dispose de la panoplie complète du mangeur de polluants : « des rhizomes puissants (racines traçantes), un chevelu racinaire très dense hébergeant de nombreuses bactéries, un feuillage fourni évaporant et transpirant beaucoup d'eau », décrit Daniel. La plante idéale pour assainir les eaux usées des bassins d'agrément sans poser de filtre artificiel, et des stations d'épuration sans couler de béton.

« La phytoépuration est la solution d'assainissement la plus économique, la plus naturelle et la plus respectueuse de l'environnement, assure le patron d'Aquamoine. Mais elle a un inconvénient : elle prend beaucoup de place au sol. Dans l'état actuel, elle n'est pas adaptée aux communes de plus de 5 000 habitants. »

 

D'où le lancement, il y a un an, du programme de recherche Starelite, soutenu par le pôle de compétitivité Végépolys, à Angers. Son objectif : doubler l'efficacité épuratrice du roseau pour mettre en service des stations végétales de traitement des eaux adaptées aux plus grandes villes. Aquamoine y participe activement en mesurant chaque semaine la croissance de différentes cultures de roseaux.

À ses côtés, l'entreprise angevine Iftech, spécialiste du biocontrôle et de la biostimulation des plantes, élabore des cocktails de bactéries et de champignons pour favoriser l'absorption des nutriments par les racines. Elle cherche à protéger le roseau des attaques de puceron, « son ennemi le plus redoutable »,en sélectionnant des prédateurs naturels capables de nager ! Autres partenaires : les élèves ingénieurs de l'École des Mines de Nantes et la société d'assainissement Eau pure.

 
 

Selon Daniel Tremblais, les bassins de récupération des eaux pluviales en bordure des autoroutes ouvrent un autre théâtre d'opérations au roseau. Il pourra tout à loisir y digérer sa ration de « gasoil, huiles de vidange, gommes de pneus». La Fontaine avait vu juste : sous ses apparences frêles, le roseau est décidément un dur à cuire !

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