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L'éolienne design de Philippe Starck

2 Mai 2008, 19:29pm

Publié par Grégory SANT

L'éolienne individuelle Pramac (photo S+ARCK Network).
L'éolienne individuelle Pramac (photo S+ARCK Network).

Le designer français fait sensasion à Milan en présentant jusqu'au 1er mai une éolienne individuelle à bas coût.

LE FIGARO. - Comment en êtes-vous venu à l'«écologie démocratique» ?
Philippe STARCK. - J'ai passé vingt-cinq ans de ma vie à inventer, à me battre, et à appliquer le concept - qui à l'époque était révolutionnaire - de «design démocratique». C'est-à-dire essayer de donner le mieux au maximum de gens, de monter la qualité et de baisser les prix. Mais, s'il y a 25 ans, on pouvait parler de la qualité de dessin d'une chaise, il y a aujourd'hui d'autres urgences que le design. Des défis pour lesquels les esprits créatifs doivent se mobiliser. J'ai utilisé mon savoir-faire, mon obstination et ma naïveté pour reprendre le processus du design démocratique - un esprit un peu rebelle, subversif, réellement politique - et inventer ce nouveau concept d'écologie démocratique.

Parce que l'écologie serait encore réservée à une minorité ?
Même si une majorité de gens s'estime concernée, l'écologie reste une abstraction relativement inaccessible. Trier ses ordures, prendre une douche au lieu d'un bain, fermer ses interrupteurs, c'est à peu près tout ce que le commun des mortels peut faire. Mais entrer dans le combat écologique avec des actes de réelle économie et de production d'énergie, là, ça commence à être complexe. C'est ce qui m'intéresse. C'est pour cela qu'on a créé il y a quelques mois, avec le groupe italien Pramac (1), un département de haute technologie pour la démocratisation de l'énergie. Notre premier but est de faire une éolienne individuelle abordable et démocratique (2).

À quelle demande répond-elle ?
Elle répond à un scénario qui m'intéresse énormément. Imaginons le monsieur qui pratique - hélas - le loisir le plus courant de notre société de consommation : aller au supermarché le samedi pour acheter un gadget inutile. Au lieu d'un autoradio, il va voir en rayon une éolienne désirable et se dire que c'est encore plus beau. Elle vaut 300-400 euros (on ne connaît pas encore le prix exact), c'est-à-dire ce qu'il dépense pour des objets inutiles. Il va partir avec une boîte qu'il va pouvoir porter à la main seul et mettre dans sa voiture - ce qui est important. Chez lui, il va monter sur son toit et en quelques minutes, grâce à quelques clips, il va fixer son éolienne. Là, il est content car il économise de l'énergie et de l'argent, et il fait partie du grand combat mondial d'aujourd'hui : il produit de l'énergie ! Je ne vous cache pas que si je le faisais, j'en serais fier.

Quelles économies d'énergie peut-on en attendre ?
En fonction de sa taille - il y en a 6 -, elle traite entre 10 % et 60 % des besoins énergétiques individuels. Et puisque c'est un objet populaire, qui va se vendre à des millions d'exemplaires, elle peut avoir un vrai impact... Tout le monde ne pratique pas l'écologie par altruisme. J'ai été chercher les égoïstes, en leur disant : «Vous allez économiser de l'argent, mais aussi en gagner ; car, quand vous êtes en vacances, vous aller renvoyer votre énergie dans le réseau qui va vous l'acheter.»

Les éoliennes sont pourtant contestées pour leur esthétique…
Si l'objet a du succès, il y en aura des milliers d'exemplaires et les gens auront un rejet en disant : «C'est laid», comme il y a eu ce rejet imbécile des champs d'éoliennes géantes. Mais j'ai pu faire une éolienne quasiment invisible. Car on n'en voit que les reflets. C'est une sculpture moderne assez étonnante. Et, en masse, à l'échelle d'un paysage, elle disparaît totalement. Quand vous verrez un village au loin, vous ne remarquerez jamais les éoliennes, et quand vous arriverez tout près, vous direz : «Oh, c'est un bel objet», beau car totalement issu de la fonction et dessiné par le vent.

Cet engagement vert n'est-il pas aussi une manière de rester dans l'air du temps ?
Pour moi, il ne date pas d'aujourd'hui ! Rappelez-vous GoodGoods, le catalogue des non-produits pour les non-consommateurs du futur marché moral, qui a décrit tout ce qui se passe maintenant et tout ce qui va se passer demain. Regardez la maison en bois des 3 Suisses, en vente par correspondance. C'était précurseur, même si elle a été beaucoup critiquée à l'époque. Regardez ma compagnie de nourriture biologique OAO, créée il y a plus de quinze ans ! J'ai toujours été là-dedans, même si je m'y suis toujours pris trop tôt. Mais c'est mon rôle, donc ce n'est pas très grave. Aujourd'hui, l'ur­gence m'a rejoint, c'est parfait ! Même les industriels pensent qu'ils vont gagner de l'argent avec, et c'est très bien. Comme le président de General Electric, qui a dit que sa société était dorénavant totalement tournée vers l'écologie, non pas par beauté d'âme mais parce que c'est le business de demain. Plus ces gens feront du profit et plus ils investiront pour trouver des solutions.

Et vous, avez-vous d'autres projets avec Pramac ?
Nous développons une voiture électrique avec des technologies révolutionnaires et nous finalisons des bateaux totalement solaires, ou hybrides solaire-hydrogène, pour répondre à la pollution due à l'explosion des loisirs nautiques. On a conçu pour cela une gamme de bateaux abordables et très sexy, avec une coque qui permet de réaliser des économies d'énergie et surtout de ne pas faire beaucoup de vagues. C'est important car ces bateaux vont être mis en service à Venise, une ville menacée par les bateaux à moteur. Ils seront d'abord livrés à des grands hôtels comme le Bauer. Ce qui est bon pour Venise est bon pour le reste du monde ! Nous développons aussi des panneaux photovoltaïques transparents sur lesquels on peut imprimer des dessins.

Vous êtes aussi directeur artistique de Virgin Galactic, qui organisera des voyages spatiaux… énergivores !
À l'inverse des navettes de la Nasa, qui transportent des objets très lourds, notre fusée est minimaliste et légère. Ce sont surtout les astroports qui risquent de polluer car ils recevront des gens, des stocks, des ateliers. L'architecte Norman Forster a répondu à notre demande de «zéro impact environnemental». Les astroports doivent être enterrés, autonomes en énergie solaire et en eau. Même s'ils sont dans le désert, je ne veux pas embêter les animaux ! Ceux qui vont utiliser Virgin Galactic sont avant tout des aficionados de l'espace, mais par la suite, en voyant la Terre de l'espace et en passant, par exemple, au-dessus de l'Amazonie déboisée, ils intégreront immédiatement les enjeux écologiques. C'est une machine à produire de la conscience écologique !

(1) Fabricant de matériel de manutention professionnel et de groupes électrogènes

(2) Exposée dans le cadre de la manifestation Greenergydesign, à Milan, jusqu'au 1er mai.

Propos recueillis par Cédric Morisset  Source : Le Figaro.fr

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