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Sous le bitume brûlant, des quantités d'énergie à capter

10 Février 2009, 19:36pm

Publié par Grégory SANT

(De Raleigh, Caroline du Nord) Chauffer la gomme sur le bitume? Ringard. Chauffer de l’eau sous l’asphalte ramolli par le cagnard? Une excellente façon de rentabiliser les 16 000 kilomètres de nouvelles routes construites chaque année aux Etats-Unis, ou les milliers d’hectares de bitume étalés sur les parkings des zones commerciales et industrielles, ou des nouveaux lotissements.

Le physicien entrepreneur Michael Hulen, président de Novotech, a mis au point les Roadway Energy Systems (RES). Hulen parle carrément de "source d’énergie entièrement nouvelle".

Récupérer l'énergie de la route pour générer eau chaude et électricité

Disons plus modestement qu’il s’agit d’une nouvelle application de l’énergie solaire. Ce projet, déjà bien avancé, est le résultat d’une collaboration entre la petite entreprise, spécialisée depuis dix ans dans l’imagerie thermique et les produits utilisant le spectre infrarouge, et des labos universitaires du Massachusetts.

Tout le monde a déjà marché pieds nus sur le bord d’une piscine chauffé à blanc par le soleil de midi, ou sur un trottoir dont le goudron aurait pu servir à cuire des œufs au plat. Au lieu de surchauffer l’air des villes et de griller vos orteils, l’asphalte bouillant pourrait donc être utilisé pour générer de l’électricité et de l’eau chaude.

Un peu comme ces centrales solaires dont les miroirs captent la chaleur pour bouillir de l’eau, laquelle fait tourner des turbines.

Depuis les années 70, les éco-architectes et les babas américains utilisent la technique des tuyaux planqués sous le patio pour chauffer les piscines de Californie ou du Nevada. Michael Hulen a estimé qu’il était temps d’appliquer le principe à très grande échelle. Il a travaillé avec des chercheurs du Worcester Polytechnic Institute, dans le Massachusetts, qui ont développé un collecteur solaire spécifique à l’asphalte.

Effet secondaire: rafraîchir l'amosphère des villes pendant l'été

Evidemment, il faut concevoir la surface et l’étage inférieur en même temps: un réseau de tuyaux remplis d’eau. On peut se contenter d’utiliser l’eau chaude, comme l'expliquai Hulen sur le site Commercial Property News:

"Mettons que vous avez un énorme parking attaché à un grand hôtel, dont les clients prennent beaucoup de douches, et dans lequel tourne en permanence une grosse laverie. L’hôtel aura tout intérêt à utiliser notre système."

L’appareillage peut aussi produire de l’électricité: le réseau de tuyaux sous surface génère alors de la vapeur à partir d’eau, ou d’un autre liquide atteignant l’ébullition à basse température. La pression alimentera une turbine, produisant des kilowatts, voire des mégawatts selon l’importance de l’installation.

Un effet secondaire non négligeable de ces Roadway Energy Systems serait de rafraîchir l’atmosphère des endroits ainsi équipés. Les scientifiques qualifient de "urban-heat island effect" ce phénomène estival, lié à l’urbanisation et au bétonnage, qui rend les villes si étouffantes. Les RES s’adressant en priorité aux régions chaudes, ils réduiraient d’autant les coûts de l’air conditionné.

Un autre partenaire scientifique de Novotech, Sankha Bhowmick, de l'University of Massachusetts (), a calculé quelles seraient les conditions optimales de fonctionnement des RES: des climats très chauds comportant de longues heures d’exposition au soleil, où les tuyaux sous surface pourraient porter l’eau à 100°C.

Profiter de rénovation des routes pour installer ce système partout

Seuls 10 à 20% de l’énergie frappant le sol peut être transférée à l’eau, "mais ça équivaut tout de même à 200 watts au mètre-carré", explique le professeur d’ingénierie mécanique au magazine Plenty (déc/janv. 2009). "A l’échelle d’une route importante ou d’un large parking, ça peut fournir à des commerces ou des installations industrielles un paquet d’énergie propre et bon marché."

Dans la mesure où le revêtement des routes et des parkings doit être refait environ tous les dix ans, sans compter les nouveaux équipements, pourquoi ne pas en profiter pour installer un maximum de Roadway Energy Systems? Non seulement il n’est pas besoin de trouver des terrains, mais en outre les équipements sont invisibles dans le paysage, contrairement aux panneaux solaires installés sur les toits.

Bien sûr, l’efficacité énergétique est inférieure à celle de ces derniers, mais ceci est compensé par un coût bien inférieur par unité de production. "Il faut compter de 20 à 50 dollars par mètre-carré, pour une capacité de production allant jusqu’à 800 kilowatts par jour, six mois de l’année en Nouvelle-Angleterre."

Michael Hulen et ses collaborateurs estiment tout à fait possible de démarrer les RES à l’échelle commerciale dès 2010. Jusqu’à présent, leurs recherches et expérimentations ont été financées par les universités et l’Etat du Massachusetts. Novotech compte bien recevoir à présent des fonds complémentaires du gouvernement américain.

Car l’étape suivante va consister à construire un vaste pilote. L’endroit et le partenaire sont trouvés, Novotech cherche maintenant des sponsors et des investisseurs, genre fabricants d’asphalte et promoteurs immobiliers.

Cœur de cible de cette maligne énergie renouvelable qui s’approprie les handicaps de l’urbanisation: les hôtels, aéroports, centres commerciaux… et laveries automatiques.

Photo : Route de campagne en région parisienne (Pascal Aimar/Tendance floue)
Par Hélène Crié-Wiesner Source : rue89.com

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