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Des maisons construites grâce à l'impression 3D

26 Avril 2013, 20:27pm

Publié par Grégory SANT

Professeur d'Ingénierie Civile et Environnementale à l'Université de Californie du Sud, le Dr. Behrokh Khoshnevis a présenté en Avril 2012, lors d'une conférence TEDx organisée par sa faculté, une technologie qui pourrait bien complètement révolutionner la face du monde. Il ne s'agit rien de moins que d'appliquer les principes de l'impression 3D au secteur du bâtiment pour produire mieux, plus vite et moins cher.

D'après son constat, la plupart des objets et biens de consommation courante ont peu à peu, avec les progrès techniques, cessé d'être manufacturés, permettant leur accès au plus grand nombre grâce à la réduction drastique des coûts qu'entrainaient les techniques de production automatisées. Seul résiste encore le secteur du bâtiment, qui nécessite un travail humain du début à la fin de chaque projet. Il en résulte des coûts prohibitifs et des temps de production pharaoniques qui font qu'aujourd'hui encore plus d'un milliard d'êtres humains ne disposent pas d'un logement décent.

La démocratisation de l'impression 3D a permit à ce chercheur, dans le cadre de son projet Contour Crafting, d'imaginer une solution simple, peu onéreuse, et extrêmement rapide pour pallier à cet état de fait. Il s'agit d'utiliser une buse coulant non pas un fil de résine mais du béton à prise ultra-rapide renforcé par des fibres composites. Sa manœuvrabilité est assurée de la même manière que pour une imprimante classique (la 3° dimension en plus), les supports permettant sa translation sur les trois axes étant simplement beaucoup plus grands ; plus de 6 mètres pour le prototype actuel. Outre le moulage rapide des murs, l'outil permet également la pose de la plomberie et des installations électriques pendant la construction.

Le tout pour un coût quatre fois inférieur à celui d'une construction classique, et dans des délais à peine croyables : une vingtaine d'heures pour une maison individuelle ! D'ores et déjà subventionné par la NASA qui y voit un moyen fiable de construire une base lunaire sans intervention humaine (bien que le projet Constellation qui prévoyait une telle installation pour 2024 ait été abandonnée par Obama), la technologie pourrait bien révolutionner complètement le secteur du BTP, et avec lui, l'industrie planétaire tout entière.

Il faut dire qu'au niveau mondial, le marché des constructeurs immobiliers représente 18 des entreprises du Top 500 (dont 3 entreprises françaises : Vinci, Bouygues et Eiffage), et que chacun des 180 plus grands constructeurs génère annuellement plus d'un milliard de dollars de chiffre d'affaires, employant à eux tous près de 7% de la population mondiale. Sans compter le marché de l'immobilier ancien, sur qui repose également une grande partie de notre économie. En rendant accessible au plus grand nombre la propriété à moindre coût, l'invention du Dr. Khoshnevis possède sans nul doute la capacité de mettre à bas ce système économique, en supprimant en partie la plus-value apportée par les travailleurs du bâtiment.

Et pourtant, son invention est loin d'être la seule dans ce cas. Pire, elles vont vraisemblablement se multiplier de plus en plus à l'avenir, les progrès technologiques rendant obsolètes les uns après les autres de nombreux secteurs du monde du travail. Ces progrès, qui pourraient profiter à tous et servir à bâtir une nouvelle économie, plus juste, plus humaine, ne verront néanmoins la plupart du temps jamais le jour. Nous sommes aujourd'hui prisonniers d'un système obsolète, qui ignore le progrès et reste asservi à des valeurs qui n'ont plus lieu d'être, mais qui, de toutes ses forces, s'accroche encore pour s'imposer au détriment du bien commun. Alors que les besoins en travailleurs décroissent sans cesse, combien de temps allons-nous continuer à dépendre d'un système qui ne nous laisse pas d'autres choix que d'en générer, artificiellement au besoin, pour vivre ?

La conférence TEDx du professeur Behrokh Khosnevis

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