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Tous entrepreneurs grâce à l'impression 3D ?

17 Octobre 2014, 18:04pm

Publié par Grégory SANT

L’impression 3D fait beaucoup parler d’elle, mais au-delà des innovations (prothèse médicale notamment) et des gadgets, quel impact cette technologie peut-elle avoir sur l’économie et les entreprises ?
Thierry Rayna* : L’impression 3D aujourd’hui engendre les mêmes doutes, les mêmes critiques et le même potentiel d’innovation que l’impression 2D à sa naissance. Aujourd’hui, cela coûte cher, beaucoup ne voient pas en quoi cela peut être utile, mais tout ceci évolue très vite. Les coûts d’impression 3D ont été divisés par 10 ans 5 ans. Et les brevets des imprimantes 3D professionnelles vont tomber dans le domaine public d’ici 1 à 2 ans. On ira alors beaucoup plus loin que cette vision parfois « gadget » promise par les petites imprimantes 3D. Les technologies laser ou jet de matière vont permettre de donner des qualités incomparables. De même niveau, par exemple, que les technologies 3D utilisées aujourd’hui par Airbus. Le problème est qu’en France, l’information sur ces nouveaux usages n’a pas encore totalement filtré jusque vers les petites entreprises. Mais nous sommes clairement à une étape de transition numérique et les opportunités en terme de business sont déjà là.

 

Quelles sont ces opportunités pour les start-up et les entreprises ?

L’impression 3 D permet tout d’abord le prototypage rapide. Toute entreprise qui fabrique des produits a besoin de réaliser des prototypes. Et l’impression 3D permet de le faire rapidement. Une petite entreprise pourra ainsi rencontrer des investisseurs avec quelque chose de concret à leur montrer pour lever des fonds. Idem pour convaincre des clients. Le second atout de l’impression 3D, c’est l’outillage rapide. Sans tout produire en 3D, cette technologie permet de réaliser des moules d’injection avec un gain de temps et d’argent incomparable. Prenons l’exemple d’une petite cuillère en plastique. La production d’un moule coûte 1.500 euros et demande un mois. Avec l’impression 3D, les coûts sont divisés par deux et l’opération ne prend que 7 heures. Une petite entreprise pourra non seulement plus facilement produire, mais aussi innover et proposer de petites séries avec de multiples variations de moules.


Quid de la production d’objets via cette technologie ?

L’impression 3D permet effectivement de produire directement des objets, ce qui me semble particulièrement intéressant pour de nouveaux entrepreneurs. Cette technologie inverse la problématique classique des créateurs. Aujourd’hui, ils ont besoin de lever des fonds pour produire un prototype, pour convaincre leurs investisseurs, puis pour la production en elle-même. L’impression 3D, à l’opposé, engendre un cash flow positif. Un créateur peut proposer un modèle sur son site ou une plate-forme spécialisée et ne lancer la production qu’une fois la commande passée. Il n’y a plus aucun minimum de commande à atteindre avant de pouvoir se lancer. Ce mode de production permet aussi d’améliorer en permanence la production grâce à la co-création avec les clients. Une fois le succès au rendez-vous, l’entrepreneur pourra investir dans sa propre imprimante 3D ou faire produire en masse. Le problème de l’échelle et de la taille critique auxquels sont confrontées les PME saute.

Quelques exemples de business 3D
Les modèles d’entreprise inspirés par l’impression 3D sont multiples. Cela correspond parfaitement à l’esprit start-up et auto-entrepreneur. Aujourd’hui, la plupart des entreprises créées sur ce modèle sont le fait de designers qui proposent des accessoires originaux, comme un support pour fixer son iPhone dans les Autolib. Un entrepreneur américain connait un joli succès avec une pièce permettant de fixer un lecteur de carte sur un portable, vendu 8 dollars pour un coût de fabrication d’1 dollar. Plus originale, une entreprise néo-zélandaise propose des guitares électriques fabriquées en 3D, personnalisées puis fabriquées localement. Outre une relocalisation de nombre de productions, l’impression 3D ouvre des champs d’innovation importants en lien avec les objets connectés.

Est-ce véritablement accessible aux petites entreprises ? Elles n’ont pas forcément en interne les compétences nécessaires pour se lancer…

Le potentiel de l’impression 3D est sous-estimé aussi par ce manque de connaissance, de maitrise de logiciel de création 3D. Mais il existe de plus en plus de sites mettant justement ce type de compétences au service de tous. Une plate-forme française, Getmakers, propose ainsi de mettre en relation tous ceux qui veulent produire avec une communauté de makers maîtrisant la modélisation en 3D. Ce type de services va certainement lever des freins.


Mais la 3D ne pourrait-elle pas justement couper des marchés aux jeunes entreprises, en permettant à tous, les fameux pro-sommateurs (producteurs/consommateurs) de produire eux-mêmes ?

Bien sûr, il y aura du piratage d’objets, des détournements… mais c’est l’apanage de toute nouvelle technologie numérique. Cette révolution technologique exige justement de reconfigurer les business models pour anticiper cette nouvelle donne. Lego, par exemple, a bien compris que demain, elle ne vendra plus de briques en plastiques, mais des services et des imprimantes 3D de petites briques ! On voit aujourd’hui apparaitre des objets open source. D’un paradigme de produit, on passe à un paradigme de service. Le monde des entreprises et celui des makers n’ont pas encore fusionné, mais les entreprises ont tout à gagner à rester ouvertes à ces usages émergents. L’impression 3 D  ouvre le champ de nouvelles pistes d’innovation à un plus grand nombre de personnes. Demain, tous pourront être entrepreneurs !

 

Source : lesechos.fr

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