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Articles avec #internet

Qwant s'interesse aux jeunes

8 Décembre 2015, 19:55pm

Publié par Grégory SANT

Qwant a présenté sa nouvelle version du moteur de recherche, pour enfant cette fois ! Le concurrent de Google a mis au point cette version Junior, car les utilisateurs en culottes courtes seront les utilisateurs de demain, les fidéliser depuis la tendre enfance, c’est donc une façon de s’assurer l’avenir.

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Qwant investit la recherche des enfants avec Qwant Junior

La version de Qwant offre plusieurs éléments importants de sécurité, afin de garantir aux parents une navigation sans problème pour leurs bambins. Le récent scandale du piratage de VTech le spécialiste des jouets dont nous parlions dans cet article, est une preuve que désormais les hackers s’attaquent à toutes les cibles, même les enfants. La sécurité n’est donc pas un luxe et le moteur de recherche a bien pris en compte ce paramètre.

Qwant a d’ailleurs affirmé qu’il prenait en compte : « le respect de la vie privée des internautes (Qwant Junior ne conserve pas l’historique de recherche des enfants) et la neutralité des résultats. Il est dépourvu de traçage, de publicité et de produits marchands ».

Espérons que Qwant pourra tirer parti de cette nouvelle stratégie, mais il aura fort à faire, car il n’est pas le seul sur ce créneau, Bing propose par exemple une version pour enfant également. De plus, même si Google n’a pas pris la même décision, il a toutefois eu une initiative allant dans ce sens en proposant la fonction SafeSearch.

Pour s’attaquer à deux niches différentes sur la même tranche d’âge des 6 -13 ans, Qwant a été plutôt astucieux, car en réalité Qwant Junior a été décliné en deux versions. La première accessible sur cette URL Qwantjunior.com, s’adresse aux enfants qui surfent depuis chez eux, la seconde que l’on trouve à cette URL junior.qwant.com est une version bloquée, destinée aux écoles et accessible uniquement via un code de l’éducation nationale.

Qwant a expliqué : « On privilégie les contenus pédagogiques, en écartant les sites commerciaux. Ce moteur fonctionne sur un système de liste blanche et de liste noire. La liste blanche comprend plus d’un million de sites à visée éducative. La liste noire contient 4 millions de sites : en gros, tout ce qui concerne les drogues, la violence ou la pornographie ».

Source : press-citron.net

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Un algorithme pour remplacer l'intuition humaine

20 Octobre 2015, 18:42pm

Publié par Grégory SANT

Les efforts dans le domaine de l'intelligence artificielle s'intensifient : le MIT a présenté ses derniers travaux en la matière, basés sur l'intuition.

Les algorithmes d'aujourd'hui sont en mesure de traiter d'énormes quantités de données pour, par exemple, repérer des anomalies et enclencher certaines actions. Des chercheurs du MIT (Massachusetts Institute of Technology) souhaitent aller un peu plus loin dans leurs travaux sur l'intelligence artificielle afin d'ajouter à ces algorithmes une dimension proche de l'intuition humaine.

Les chercheurs du Laboratoire des sciences informatiques et de l'intelligence artificielle expliquent qu'il y a certaines données masquées qui ne sont, aujourd'hui, pas traitées par les algorithmes. Dans une base de données contenant les dates de début, et de fin de périodes promotionnelles, ainsi que les profits hebdomadaires, les données cruciales ne sont pas forcément les dates elles-mêmes, mais la période séparant chacune d'entre elles. Aussi, plutôt que d'analyser les profits globaux, il peut être intéressant de calculer leur moyenne et de corréler ces informations.

Ces analyses sous-jacentes sont aujourd'hui davantage perceptibles par les humains ; le MIT a donc tenté de s'inspirer de cette forme d'intuition humaine avec un nouveau logiciel baptisé Data Science Machine. Pour tester ce dernier, divers scénarios ont été mis en place, ainsi que plusieurs équipes.

Au travers de trois manches, le nouvel algorithme a réussi à battre 615 des 906 équipes d'humains. Sur les trois manches, les prédictions se sont avérées justes à 94 %, 96 % et 87 %. Toutefois, si les humains ont passé des jours, voire des semaines à rédiger leurs conclusions, il n'a fallu qu'entre 2 et 12 heures pour Data Science Machine...


Ces travaux seront présentés par le chercheur Kalyan Veeramachaneni à l'occasion de la conférence IEEE International.

Source : clubic.com

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Voici venue la crowdmesure

21 Septembre 2015, 17:18pm

Publié par Grégory SANT

Le projet néerlandais iSPEX, soutenu par l’Union Européenne, invite la foule à participer à une mesure de la pollution de l’air. Quelques milliers de citoyens prendront part à la campagne qui se déroulera la première quinzaine d’octobre dans dix villes d’Europe.

En octobre prochain, dans une dizaine de métropoles européennes, des milliers de citoyens joueront le jeu : mesurer la qualité de l’air qui les entoure au moyen de leur smartphone. Au travers d’iSPEX, une initiative soutenue par l’Union Européenne, les citoyens volontaires peuvent recevoir, en s’inscrivant sur la plateforme, un petit appareil à fixer sur son téléphone. Cet embout, qui n’est autre qu’un capteur optique, combiné aux fonctionnalités du smartphone permet de mesurer les aérosols atmosphériques, soit à la fois les particules naturelles comme celles émises par l’activité humaine et contribuant à la pollution de l’air.

L’objectif ? Réaliser un mapping en temps réel de la pollution de l’air dans divers endroits d’Europe, qui ne sont pas couverts par les techniques de mesure actuelles. En outre, en rendant la foule acteur de la mesure, c’est sensibiliser les citoyens européens à la qualité de l’air qui les entoure et les impacts de la pollution atmosphérique. Initiative qui n’est pas sans rappeler PlumeLabs, fondé par Romain Lacombe.

Photographie de l'embout à fixer sur son smartphone afin d'effectuer la mesure des particules atmosphétiques

Parmi les villes participants à l’opération Athènes, Barcelone, Belgrade, Copenhague, Londres, Manchester, Milan, Rome et Toulouse. Etrange que Paris, siège de la COP21 ne participe pas à l’aventure.

* iSPEX fait partie du projet LIGHT 2015 financé par l’Union Européenne. Testée en 2013 à l’échelle des Pays-Bas, l’initiative fut un succès puisqu’une carte nationale du niveau de particules présentes dans l’air a pu être établie, carte beaucoup plus précise que ce que les satellites étaient capables de fournir. Notamment en ce qui concerne les zones reculées.

Source : atelier.net

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Apple tente de rattraper Google et Microsoft

11 Septembre 2015, 20:01pm

Publié par Grégory SANT

Apple souhaiterait recruter 86 spécialistes de l'intelligence artificielle. La firme à la pomme tente de rattraper Microsoft et Google.

Fournir l'appareil, aussi beau soit-il, ne suffit pas. Encore faut-il que les services soient à la hauteur. Alors qu'Apple a présenté mercredi la nouvelle mouture de l'iPhone, la firme à la pomme se renforce en parallèle dans l'intelligence artificielle. Selon le décompte effectué par Reuters, Apple souhaiterait recruter 86 profils, de préférence détenteurs d'un « PhD » (l'équivalent d'un doctorat) et montrant des compétences en matière de « machine learning », où la machine s'améliore en faisant son propre apprentissage. L'idée : améliorer le fonctionnement de l'iPhone afin qu'il propose du sur-mesure à l'utilisateur.

En lançant son assistant vocal Siri en 2011, Apple a fait figure de pionnier en matière d'intelligence artificielle. Mais, depuis, la firme s'est laissée distancer par Google et Microsoft, qui proposent des assistants plus puissants, capables d'aider le consommateur dans son quotidien. Microsoft a donné avec Windows 10 le coup d'envoi à Cortana, capable de discuter avec son utilisateur. De son côté, Google Now, un service disponible sur Android, prodigue des recommandations en se basant sur les données des utilisateurs - ses mails, par exemple. Google a également racheté DeepMind, qui a mis au point une technologie capable de jouer à 49 jeux vidéo, dont Space Invaders et Pacman, sans avoir été programmé pour, en se basant sur le fonctionnement du cerveau humain.

Même si l'on ne connaît pas l'effectif exact d'Apple en matière d'apprentissage de machine, la firme s'emploie à rattraper son retard et aurait quadruplé ses effectifs en quatre ans.

Sans toucher à la vie privée

Elle s'est aussi renforcée à coups d'acquisitions, en reprenant des start-up comme l'assistant personnel Cue ou encore Topsy, spécialisé dans l'analyse de données issues des réseaux sociaux. Reste qu'Apple a fait de la protection de la vie privée de ses utilisateurs un impératif auquel elle ne saurait déroger. Contrairement à ses concurrents, elle s'interdit par exemple de verser un certain nombre d'informations concernant ses clients dans le cloud, se privant de la possibilité de faire du Big Data sur une grande masse, afin d'améliorer potentiellement les services offerts. Une position assumée. En juin, Craig Federighi, chargé du logiciel chez Apple, affirmait que le groupe souhaitait « améliorer l'expérience utilisateur sans compromettre la vie privée ».

Source : lesechos.fr

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L'UX impacte le design des sites de luxe

4 Septembre 2015, 19:38pm

Publié par Grégory SANT

L’Expérience utilisateur (communément appelée UX pour User Experience en anglais) correspond à la perception et au ressenti d’un individu lorsqu’il réalise un achat sur internet. Au sein de notre économie digitale, l’UX est directement dictée par le webdesign dont le but est de mettre l’utilisateur dans les meilleures conditions possibles pour qu’il arrive à ses fins. Elle est particulièrement importante pour les entreprises de luxe qui ne proposent pas uniquement un produit mais un réel voyage au sein de leur univers de marque. Et pour cette raison, le webdesign des sites haut-de-gamme doit être abordé différemment des autres sites.

L’importance de l’UX pour les sites de luxe

La définition de l’UX doit tenir compte de plusieurs éléments: la faculté à trouver une information, à accéder à un contenu, à susciter un intérêt, à convaincre un internaute, à le mettre en confiance et à répondre à son besoin. La majorité des sites internet met donc en évidence un certain nombre d’informations de bases pour les consommateurs (prix, descriptif détaillé, délais de livraison…), et respecte certains codes d’apparence et de mise en page pour répondre à ces critères. Les marques de luxe ont néanmoins abordé la chose différemment. Dans un monde dominé par les émotions et les désirs, la manière d’acheter est toute aussi importante que l’achat en lui-même et les grandes marques ont cherché à recréer un cérémonial de vente (comme dans un magasin). Ainsi, les sites de luxe utilisent le webdesign pour donner à l’internaute la sensation d’acheter quelque chose d’unique, de spécial – car il est lui-même spécial.

Graphismes, photos, mannequin ; tout doit être choisi avec une précaution particulière afin de rendre la visite sur le site mémorable et prestigieuse. Les sites de luxe ne sont pas de simples plateformes donnant l’accès à un produit. Ils véhiculent une véritable identité et vous invitent dans un voyage d’émotions. Cet univers immersif se construit souvent à l’aide d’histoires et de récits qui alimentent l’UX. C’est ce que l’on appelle le story-telling, essentiel pour les marques qui souhaitent créer un lien émotionnel entre un individu et un produit. Par conséquent, le nombre d’informations dîtes utiles est réduit au strict minimum. La cinématique de navigation est volontairement allongée afin de prolonger la contemplation des produits et appuyer le caractère unique, hors-norme de l’expérience sur le site internet.

Les tendances web design en matière de luxe

Pour offrir aux internautes une expérience unique, les sites de luxe jouent avec certains effets et aujourd’hui des tendances se démarquent en matière de webdesign.

Le mode Plein Écran est la meilleure manière d’immerger l’utilisateur dans l’univers de la marque. Celui-ci est alors confronté de plein fouet à l’imagerie luxueuse de la marque et peut difficilement s’en détacher.

Web design du site internet de Lamborghini

Le mur d’images permet de contempler un large panel de produits dans un laps de temps très court et suscite l’irrésistible envie de tous les posséder. Il peut également être représentatif de l’identité de la marque et nous imprégner d’une certaine atmosphère, à la manière d’un mood board.

Web design du site internet Les Ailes d’Hermès

Les sites internet des marques de luxe sont également très friands en média interactifs. Les animations flashs et autres vidéos en streaming sont légion dans ce genre de site.

Esthétisme et fonctionnalité, compatibles ?

En 2014, les Français ont acheté pour plus de 57 milliards d’euros sur internet. Pour arriver à un tel chiffre, les entreprises ont passé du temps à peaufiner le design de leurs sites afin d’améliorer toujours plus l’UX. Il existe cependant de grandes différences entre les sites suivant leur positionnement. Alors les marques raffinées jouent sur une expérience de marque forte, différenciante, rare, les sites e-commerce donnent la priorité à l’ergonomie afin de faciliter la vente. Néanmoins, l’utilisation (parfois) abusive des medias interactifs peut entrainer des problèmes de compatibilité et de lenteur, et constitue une réelle limite pour le secteur du luxe. De même pour la cinématique particulièrement longue qui peut très vite agacer les habitués d’une navigation fluide. Enfin, l’absence d’informations utiles quant au produit peut perturber l’achat en ligne.

Les marques de luxe ont déjà commencé leur adaptation au monde e-commerce et ne se contentent plus de communiquer sur internet. En plus de promouvoir le Web-to-store, elles développent une réelle stratégie digitale et cherchent à gagner des parts-de marché.

Source : marketiong-professionnel.fr

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Warbr shazame les chants d'oiseaux

3 Septembre 2015, 19:57pm

Publié par Grégory SANT

Lorsque vous sifflotez un air de musique, vous vous ruez sur l’appli SoundHound pour en connaître le titre ; mais que faire quand c’est un oiseau qui sifflote ?

Deux Britanniques, Florence Wilkinson et son ami Dan Stowell (chercheur à la Queen Mary University of London), ont conçu une nouvelle application pour vous aider à identifier un oiseau grâce au simple son de son doux gazouillis. Son nom : Warblr. ("To warble", en anglais, signifie en effet "gazouiller", "pépier" – et un "warbler", c’est une sorte de passereau ou de fauvette, enfin bref : un petit oiseau mignon.) Vous entendez un chant d'oiseau ? Lancez l’appli : elle l’analyse en temps réel et reconnaît immédiatement l'espèce grâce à un algorithme fraîchement pondu.

Autant dire que vous allez enfin pouvoir vous la raconter comme un vieil ornithologue à la retraite, une technique qui marche en général assez bien pour choper.

Source : soonsoonsoon.com

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Google lance son laboratoire Sidewalk Labs

14 Juin 2015, 20:48pm

Publié par Grégory SANT

Google part dans toutes les directions ces dernières années (santé, automobile, télécommunication, domotique, intelligence artificielle, etc.). Son ambition de changer le monde est universelle, cette fois le laboratoire Google X travaille sur un projet d’urbanisme, visant à mieux gérer nos villes.

Google s’empare de la question de la vie urbaine

Google a désormais envie de plancher sur la gestion des métropoles. Le géant américain vient de créer un programme spécial baptisé Sidewalk Labs, dont la tâche sera d’améliorer la gestion des villes sur des défis aussi importants, que réaliser des économies, améliorer les transports, l’écologie, la consommation d’énergie, etc.

Le PDG de Google, Larry Page lui-même, a tenu à intervenir pour présenter son programme Sidewalk Labs, en déclarant : « On peut probablement penser à une tonne de manières dont on aimerait améliorer sa ville : des logements plus confortables, de meilleurs transports publics, moins de pollution, davantage de parcs et d’espaces verts, des pistes cyclables plus sûres, un trajet pour le travail plus court… ». Il a ensuite expliqué : « Sidewalk Labs se concentrera sur l’amélioration de la vie urbaine pour tous, en développant et en servant d’incubateur pour des technologies urbaines pour s’attaquer à des problèmes comme le coût de la vie, l’efficacité des transports et la consommation d’énergie ».

Les 2/3 de la population mondiale seront concentrés dans les villes en 2050

Quand on sait que d’ici 2050, les deux tiers de la population mondiale seront concentrés dans les villes, selon les Nations Unies, on comprend tout de suite mieux pourquoi Google veut s’immiscer dans la question de la vie urbaine. Pour le moment on sait très peu de choses sur le laboratoire Sidewalk Labs, on sait simplement qu’il sera dirigé par Dan Doctoroff. Larry Page n’a pas avancé de chiffre concernant le budget de ce laboratoire, mais a dit qu’il serait modeste pour le moment.

Après avoir voulu organiser internet et l’information, il semble que le prochain défi de Google est de mieux organiser nos vies.

Source : presse-citron.net

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Shazamer les plantes avec PlantNet

11 Juin 2015, 20:55pm

Publié par Grégory SANT

Avec l'appli PlantNet, vous allez pouvoir "shazamer" feuilles et fleurs à tour de bras. Une simple photo et vous identifiez une plante : vous connaissez son nom et ses caractéristiques botaniques...

Pour ne plus confondre une feuille d’érable avec une feuille de chanvre, vous disposez désormais d’une application qui ne se plante jamais.

Avec l’appli PlantNet, les scientifiques du CIRAD, de l’INRA, de l’INRIA, de l’IRD et de Tela Botanica ont fait florès. Pendant quatre ans, ils ont travaillé pour répertorier et identifier plus de 4.000 espèces de plantes sauvages de la flore française métropolitaine. Résultat : une application qui vous donne le nom d'une plante lorsque vous la prenez en photo. Ne vous contentez donc plus d’être un(e) botaniste en herbe : devenez un(e) véritable expert(e) en renoncules et autres herbacées. L’appli vous permet en effet de connaître non seulement le nom, mais aussi toutes les caractéristiques botaniques de chaque plante photographiée.

Vous allez enfin pouvoir photographier de belles plantes et connaître immédiatement leur identité.

Source : soosoonsoon.com

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Les 7 leviers de la révolution numérique

30 Avril 2015, 17:06pm

Publié par Grégory SANT

Quand on évoque l’apport du numérique à nos sociétés, on dit souvent qu’il est une révolution en observant surtout certains de ses effets, particulièrement sa capacité a favoriser la collaboration… Pourtant, son rôle “capacitant” n’est qu’un des aspects de l’action du numérique, qui ne doit pas nous faire oublier les autres : sa capacité d’optimisation, sa capacité à “cognitiser” le monde comme le dit Kevin Kelly, à le rendre ouvert et transparent, à le rendre agile, à renforcer l’innovation…

Dans le cadre du travail de prospective sur les Transitions qu’elle vient de publier, la Fing distingue 7 leviers, 7 impacts du numérique sur les transformations du monde. Autant de moyens de mieux comprendre sur quoi agit le numérique. Ce qu’il remet en cause. En quoi et comment le numérique est une révolution.

On dit volontiers que la ‘révolution numérique’ va transformer tous les domaines d’activité humaine, tous les secteurs économiques, tous les métiers. Mais de quelle manière ? Comment le numérique active-t-il les transitions ?

« L’incidence de la technologie sur l’économie se diversifie et se complexifie. En plus de la structuration et de la croissance d’une filière numérique de plus en plus puissante, il faut tenir compte d’au moins huit effets.

Comme dans l’époque antérieure d’informatisation, il y a d’abord tous les effets d’automatisa­tion avec accroissement corrélatif de la productivitédes facteurs : productivité du travail ; du capital fixe et circulant ; de l’énergie et des matières premières.

Mais à cela s’ajoutent les effets de dématérialisation : substitution d’internet aux réseaux physiques d’agences, de guichets et de magasins ; déformation de la traditionnelle courbe des coûts décroissants en fonction de la longueur des séries, en une courbe de production en équerre avec un fort investissement sur l’innovation et le prototypage et des coûts de reproduction quasi nuls ; baisse des coûts de transaction et remise en cause du périmètre des firmes.

Il faut enfin tenir compte des effets d’intermédiation/ désintermédiation sur les business-models, avec le rôle nouveau jouépar les personnes – àla fois producteurs et consommateurs – et avec l’enjeu de la donnée et la ressource qu’elle représente pour l’optimisation et la réinvention des métiers existants ainsi que pour la structuration d’écosystèmes innovants. »

Philippe Lemoine, La nouvelle grammaire du succès – La transformation numérique de l’économie française, 2014

Nous avons choisi de décrire 7 leviers numériques qui, à des degrés divers, nous semblent aujourd’hui à l’oeuvre partout où le numérique remet en cause les ordres établis : optimal ; soft ; smart ; distribué / capacitant ; open ; disruptif ; agile.

Bien sûr, les leviers numériques ne sont pas les seuls leviers de transition. L’angle numérique invite même, très vraisemblablement, à en sous-estimer d’autres, par exemple la résilience ou la frugalité. Nous vous invitons à enrichir à votre tour la liste des leviers génériques des transitions, ceux que l’on retrouve dans la plupart des secteurs et des domaines.

Optimal

De quoi parle-t-on ?
Le numérique, c’est aussi (voire, historiquement, d’abord) l’informatique et son usage gestionnaire au service de la rationalisation et l’optimisation des processus, ainsi que de l’efficience et l’efficacité des organisations.

Le numérique n’exclut donc pas les schémas organisés (‘systèmes d’information’), la gouvernance, le pilotage politique, voire le dirigisme. C’est un champ de normes et de règles techniques et organisationnelles, pouvant se traduire en réglementation, en procédures, en surveillance. Il fournit des outils de pilotage, des tableaux de bord : outils de décision et de gestion prévisionnelle, systèmes d’évaluation, monitoring urbain. Il met en place des processus structurants et permet le contrôle par l’architec­ture même des systèmes et de l’accès aux données.

« Une des perspectives les plus fascinantes ainsi ouvertes est celle de la conduite rationnelle des processus humains. (…) Ne pourrait-on imaginer une machine à col­lecter tel ou tel type d’informations, puis à déterminer en fonction de la psychologie moyenne des hommes et des mesures qu’il est possible de prendre à un moment déterminé quelles seront les évolutions les plus probables de la situation ? Ne pourrait-on même concevoir un appareillage d’État couvrant tout le système de décisions politiques ? »
P. Dubarle, « Vers la machine à gouverner », à propos de la cybernétique, 1948

Principaux attributs transformateurs
Les principaux facteurs de transformation associés à l’informatisation des organisations et des processus peuvent être schématiquement classés comme suit :

  • Modélisation et automatisation : analyser et décrire un processus, pour en éliminer les imperfections et l’encoder dans un programme informatique.
  • Dématérialisation : assurer la continuité numérique des processus en éliminant les interactions humaines.
  • Interconnexion, accélération et ubiquité : permettre aux processus d’agencer en temps réel des composantes et des intervenants différents, situés en différents points géographiques.
  • Sécurisation : protéger les systèmes et les données, contrôler les droits, produire des preuves.
  • Mesure, évaluation et décision : mesurer l’activité à mesure qu’elle se produit, déclencher des alertes et/ou des actions, asseoir les décisions humaines sur des données et des modèles.

Principales limites
L’informatisation a souvent, dans un premier temps, pour effet d’optimiser l’existant plutôt que de le transformer. Ce faisant, elle libère des ressources (financières, mentales, matérielles…) qui pourront à leur tour mobiliser d’autres leviers numériques aux effets plus profondéments transformateurs.

À elle seule, en revanche, l’informatisation peut au contraire ralentir ou empêcher la transformation d’un système :

  • En figeant de manière excessive, par le code, le fonctionnement de l’organisation et le rôle des acteurs.
  • En réduisant le champ d’initiative des collaborateurs.
  • En formalisant les relations.
  • En déshumanisant à l’excès les processus…

À l’inverse, l’informatisation peut transformer une activité au point de la rendre difficilement contrôlable par les humains auxquels elle est censée bénéficier : c’est le reproche fait au ‘High Frequency Trading’, dans le champ de la finance.

« Le code fait loi »
Lawrence Lessig, « Code is Law », Harvard Magazine, 2000 (traduit en Français par Framablog)

Quelques domaines que l’informatisation ‘gestionnaire’ transforme ou pourrait transformer

  • Le pilotage automatique d’appareils complexes (avions, centrales nucléaires…), dans un équilibre délicat entre optimisation fine (souvent hors de portée des humains) et déférence à la décision humaine.
  • Le ‘parcours de soins’ dans le domaine de la santé.
  • La mondialisation de la production et des chaînes d’approvisionnement, le ‘zéro stock’, les délocalisations et l’offshoring.
  • La complexification des produits financiers et leur trading mondialisé, automatisé, en temps réel.
Soft

De quoi parle-t-on ?
À mesure que tous les domaines d’activité s’informatisent et s’interconnectent, que toutes les organisations et la majorité des individus de la planète sont connectés et ‘joignables’, le numérique devient la source essentielle de toute innovation, de toute transformation, de tout avantage concurrentiel.

Le logiciel et les données dévorent le monde : l’informatique organise la conception, la production, la distribution et le cycle de vie des produits. Elle structure et pilote le fonctionnement des marchés et des chaînes d’approvisionnement. Elle organise le flux de la matière, de l’information et des finances. Elle assure à la fois la mesure continue du fonctionnement des systèmes économiques et sociaux et l’analyse des données recueillies. Qui tient les données et définit les algorithmes, contrôle le secteur d’activité concerné.

« Il y a une app pour ça » : le logiciel se substitue même à des appareils physiques – le magnétophone, le baladeur, l’appareil photo, la boussole, la lampe de poche… sont désormais des ‘apps’ contenues dans un même appareil, le smartphone.

« Le logiciel dévore le monde. L’internet a désormais atteint une taille et une envergure telles qu’il devient économiquement viable de bâtir de très grandes entreprises spécialisées dans un seul domaine, reposant sur une innovation transformatrice qui réside entièrement dans le code informatique. »
Marc Andreessen, interview dans Wired, 2012

Principaux attributs transformateurs
Le rôle déterminant des données et du logiciel dans la transformation de tous les secteurs d’activité s’exprime au travers de cinq attributs :

  • L’immatériel : les objets immatériels sont non-rivaux (les partager ne nous en prive pas) et leur coût marginal de production est nul (rendements croissants), ce qui rend les règles classiques de l’économie de marché difficilement applicables.
  • L’abaissement des barrières : les ressources du cloud et l’existence de compo­sants logiciels web pour la plupart des fonctions nécessaires, permettent de lancer des services à l’échelle mondiale en très peu de temps, pour très peu cher.
  • La programmabilité : tout processus, tout objet, est d’emblée analysé, conçu et décrit sous la forme d’un modèle numérique. Ses propriétés prennent la forme de programmes informatiques. Il suffit de les ‘reprogrammer’ pour les transformer.
  • La modularité : toutes les composantes d’une chaîne de valeur fonctionnent comme des ‘services’ autonomes, qui s’assemblent de manière dynamique 4 et substituable. Le fait qu’un service provienne de l’intérieur ou de l’extérieur de l’entreprise a peu d’importance.
  • La plasticité : tout service existe en version ‘Beta permanente’ et peut changer plusieurs fois par jour ; il peut y avoir plusieurs versions du même service en exploitation, voire une version différente par utilisateur.

Principales limites

  • Le monde matériel se venge : l’empreinte physique et énergétique du numérique est de plus en plus profonde et il faudra un jour en mesurer le coût.
  • Pour Apple, le logiciel est avant tout un moyen de vendre du matériel, pas l’inverse.
  • On s’attache aux objets, pas aux logiciels, et c’est pour des objets (ou parfois des services), pas des logiciels, que les consommateurs sont prêts à payer.

Quelques domaines que le logiciel et les données transforment ou pourraient transformer

  • Des secteurs entiers sont désormais dominés par des entreprises qui sont avant tout numériques : les biens culturels (Amazon, ITunes, Netflix), la publicité (Google), le tourisme (Booking, Airbnb, Expedia…).
  • Les nouveaux moyens de transport fonctionnent presque exclusivement à base de logiciel : Velib, et plus encore Blablacar ou les plateformes d’autopartage. Et la différence entre le TGV et idTGV réside presque exclusivement dans leur plateforme logicielle.
  • Des plateformes telles qu’Uber, 99designs ou Taskrabbit restructurent les métiers du taxi, du graphisme ou des services à la personne autour de places de marché, assumant pour seule responsabilité celle de faire se rencontrer l’offre et la demande à un instant donné.
  • Des intégrateurs informatiques tels qu’IBM se positionnent sur des marchés de services urbains (la distribution d’eau à Malte, l’intégration de services de secours à Rio), sous-traitant certaines activités aux opérateurs de services urbains traditionnels. Le ‘smart’ est une extension du ‘soft’ à l’échelle de systèmes entiers.
Smart

De quoi parle-t-on ?
En informatique, un système ‘smart’ est doté de capacités de mesure et de traitement qui lui permettent de s’autoréguler, d’anticiper les problèmes à venir et d’apprendre du passé.

Par extension, l’adjectif ‘smart’ s’accole aujourd’hui à toutes sortes de noms de ‘systèmes complexes’ (un bâtiment, une ville, des réseaux de transport ou de distribution d’énergie…) pour décrire la manière dont l’informatique pourrait les aider à mieux se piloter et à s’améliorer, en particulier en matière :

  • de productivité et d’efficacité,
  • de qualité et d’efficience, énergétique notamment,
  • de sécurité et de fiabilité,
  • de souplesse et d’adaptabilité, tant aux conditions extérieures qu’à chaque ‘utilisateur’.

Principaux attributs transformateurs
Les 7 caractéristiques structurantes des systèmes ‘smart’ sont les suivantes :

  • La mesure : détecter, enregistrer tout ce qu’il se passe dans le système, souvent en temps réel.
  • Le décloisonnement : dépasser les frontières traditionnelles des métiers, secteurs, organisations, etc., pour croiser les informations, modéliser les interactions et agir de manière transversale.
  • La ‘métabolisation’ : des circuits décisionnels entièrement automatiques allant de l’intégration de données hétérogènes jusqu’à l’envoi d’instructions à des agents ou des machines, en passant par des calculs complexes en vue de comprendre (big data) et de décider. Le système fonctionne un peu comme un organisme vivant, qui optimise et sécurise son propre fonctionnement.
  • L’anticipation : doter le système de capacités d’apprentissage, de détection avancée de problèmes, d’anticipation et de prévision ainsi que de la capacité de recommander ou de prendre des mesures préventives.
  • L’hybridation : faire interagir les dimensions numérique (données, modèles…) et physique (personnes, objets, espaces, environnement…), en permanence, sans couture et souvent – pas toujours -, sans intervention humaine.
  • La servicialisation : considérer chaque fonction, chaque entité du système comme un ‘service’ autonome, fourni à la demande aux utilisateurs comme aux autres entités, assorti de conditions d’accès et d’obligations de perfor­mance – et éventuellement substituable par d’autres ‘services’.
  • La gouvernance : proposer aux opérateurs des vues à différentes échelles (depuis l’échelle micro-locale ou celle d’un sous-système donné, jusqu’à l’échelle globale), qui les aident à comprendre le fonctionnement du système et les interac­tions en son sein, à le piloter au quotidien ainsi qu’à explorer, discuter et arrêter des options stratégiques.

Principales limites

  • Une approche très intégrée qui perd de vue la principale force des systèmes complexes : leur diversité, leur résilience, leur capacité d’adaptation. La grande sociologue Saskia Sassen évoque ainsi ‘l’obsolescence programmée’ des smart cities.
  • Une dérive hiérarchique (voire autoritaire) naturelle, où la logique du système prime sur celle de ses utilisateurs. La ‘gouvernementalité algorithmique’ qu’étudie Antoinette Rouvroy se passe volontiers de discuter avec ses ‘sujets’.
  • Des systèmes fondés sur une surveillance permanente : si tout se mesure, tout se sait…
  • Optimiser les systèmes pour ne pas les changer ? L’informatisation peut venir ‘figer’ les systèmes et les relations entre les acteurs.

Quelques domaines que le ‘smart’ transforme ou pourrait transformer
Parmi les occurrences les plus fréquentes du ‘smart’ :

  • Smart grid : « prendre en compte les actions des acteurs du système électrique, tout en assurant une livraison d’électricité plus efficace, économiquement viable et sûre » (source : Commission de Régulation de l’Energie, France).
  • Smart home/building : des bâtiments efficients en énergie, connectés à leur environnement et mis au service des besoins de leurs occupants.
  • Smart transport/mobility : relier infrastructures et véhicules, transports publics et individuels, outils d’information et de gestion du trafic, dispositifs tarifaires et de contrôle… pour une mobilité plus fluide, plus verte et plus sûre.
  • Smart industry : « l’industrie connectée, de la conception à la fabrication, où tout est réalisé en interaction entre les produits et les machines, et les machines entre elles » (source : salon Smart Industries 2015).
  • Smart city : « quand les investissements en capitaux humains, sociaux, en infrastructures d’énergie, de flux alimentent un développement économique durable ainsi qu’une qualité de vie élevée, avec une gestion avisée des ressources naturelles, au moyen d’une gouvernance participative » (Wikipédia).
Distribué, capacitant, collaboratif

De quoi parle-t-on ?
De la distribution large de l’information et des capacités, voire du pouvoir : l’internet est décentralisé, le web permet à tout le monde de publier, les Fab Labs distribuent la capacité de concevoir et réaliser des objets physiques. Une part de la culture numérique est libertaire, valorisant les contre-pouvoirs et le hacking, les individus et leurs communautés face aux institutions. Les frontières entre amateurs et professionnels s’estompent.

De l’horizontalité des échanges : les usages numériques se déroulent souvent entre pairs, échappant aux instances officielles, à l’autorité des sachants comme aux points de péage des commerçants. Les marchés (re)deviennent des conversations, les ‘commu­nautés’ en ligne ou hybrides deviennent des espaces d’échange et de vie.

De collaboration : une part de l’économie devient ‘collaborative’ ; de vastes mou­vements politiques émergent de nulle part ; des connaissances ou des objets inédits prennent forme à partir de collectifs en ligne ; l’innovation devient ‘ascendante’ (par l’usage) ou ‘ouverte’ et repose sur des ‘écosystèmes’ ; des biens communs naissent et évoluent dans la durée, tels que Wikipédia, les logiciels libres ou Arduino…

« On peut voir la démocratie de la multitude comme une société open source, permet­tant à tous de collaborer à la résolution de ses problèmes et de créer des programmes sociaux plus performants. »
Michael Hardt et Antonio Negri, Multitudes, La Découverte, 2004

Principaux attributs transformateurs
Les dynamiques d’empowerment, d’horizontalisation et de collaboration très puissantes dans le numérique reposent sur quatre attributs essentiels :

  • L’extension du domaine de l’immatériel : en transformant tout ce qui peut l’être en données et en logiciels, en reculant autant que possible le moment de la ‘matérialisation’ (d’un objet, d’une relation), on étend également les possibilités de partage, de collaboration et de recombinaison.
  • L’outillage et l’interconnexion des individus – utilisateurs comme collabora­teurs -, le plus souvent à leur initiative et (au moins pour partie) sous leur contrôle.
  • Des dispositifs d’intelligence collective, de co-conception et de co-production, d’immatériel comme d’objets matériels.
  • Des plateformes d’échange, de partage, de publication, de valorisation, dont le modèle économique structure dans une large mesure les échanges.

Principales limites

  • L’empowerment est aussi une affaire de compétences et de capital social, qui sont très inégalement répartis.
  • La distribution des capacités de production et d’expression profite aussi aux marchands de haine et aux réseaux terroristes.
  • La collaboration fonctionne mieux sur des projets bien délimités que pour défricher des terrains neufs ; politiquement, elle est plus efficace dans la contestation que dans la construction d’alternatives viables.
  • La production collective de la ‘multitude’ est aujourd’hui capturée par un petit nombre de grandes plateformes, jusqu’à produire de nouvelles formes d’exploitation voire de prolétarisation.

« Internet devait abolir les distances, accroître la liberté d’expression, augmenter l’intelligence collective, promouvoir le potentiel de la gratuité, décentraliser le pouvoir et résister à tous ceux qui souhaiteraient en prendre le contrôle. Force est de constater que ces finalités touchent à présent à leur fin. Les frontières sont réintroduites. La liberté d’expression est de plus en plus encadrée. Les capacités restent très inégale­ment réparties. Le pouvoir est plus centralisé que jamais. »
Boris Beaude, Les fins d’Internet, Fyp, 2014.

Quelques domaines que l’empowerment et la collaboration transforment ou pourraient transformer

  • Transformation par la distribution du ‘pouvoir d’agir’ : du ‘journalisme participatif ’ (tout événement, ou presque, est aujourd’hui filmé) aux ‘lanceurs d’alertes’ et dissidents, en passant par les sites d’avis et de commentaires.
  • Transformation par la collaboration : la cartographie (de la terre comme du ciel), le Do It Ourselves (Fab Labs, communautés de makers, DIY Bio, drones, prothèses…), projets open source (logiciels, robots, open hardware…).
  • Transformation par les échanges ‘de pair à pair’ : la musique ; la finance, avec le crowdfunding ou le crédit entre particuliers ; le commerce, avec LeBonCoin ou des plateformes de vente d’objets autoproduits (Etsy).
Open

De quoi parle-t-on ?
L’adjectif ‘ouvert’ connaît une extraordinaire fortune depuis les années 1990, au croisement des aspirations politiques ayant conduit à la chute du Mur de Berlin (la « société ouverte » de Karl Popper et de la fondation de George Soros) ; de la cyberculture, dont sont en particulier issus les ‘standards ouverts’ comme l’open source ; et d’une génération d’entrepreneurs adeptes du mouvement plutôt que des guerres de position, inspirateurs de l’open innovation.

L’ouverture est ainsi devenue une valeur autonome, porteuse de qualités généralement (mais pas unanimement) considérées de manière positive :

  • La transparence et la responsabilité des décideurs et des institutions,
  • La ‘démocratisation’ de l’accès aux ressources, services, produits considérés,
  • Le caractère participatif ou collaboratif des décisions collectives,
  • La diversité et la fluidité des acteurs, des propositions, des points de vue…

« Industrie, éducation, culture, science, mobilité, production, information… dans tous les domaines, de plus en plus les données sont libérées, les savoirs partagés, les secrets de fabrication révélés. Certains y voient une menace, d’autre des opportuni­tés presque sans limites. »
Louis-David Benyayer, Open Models, 2014.

Principaux attributs transformateurs
À la multiplicité des occurrences de ‘l’ouverture’, correspond une série d’attributs qui peuvent tous jouer un rôle transformateur dans les domaines auxquelles ils s’appliqueraient :

Principales limites

  • Tout le monde n’est pas égal face à l’‘open’ : l’open data profite avant tout aux grands spécialistes (américains) des data, l’open innovation permet à quelques grandes plateformes d’exploiter des millions de micro-entrepreneurs…
  • ‘Maoïsme numérique’ (Jaron Lanier) : des nouvelles formes de conformisme et de dépendance vis-à-vis du collectif, au détriment de la motivation (et de la rétribution) des créateurs.
  • L’‘open’ne fonctionne pas tout seul : sans gouvernance, sans supports techniques et juridiques (licences, etc.), sans acteurs fédérateurs, il est fragile et vulnérable vis-à-vis de tentatives de capture.

Quelques domaines que l’open’ transforme ou pourrait transformer

  • Le logiciel libre et open source occupe aujourd’hui une part de marché importante, voire majoritaire dans certains domaines (serveurs web).
  • L’entreprise d’électronique Sparkfun, dont le catalogue est 100 % open hardware, emploie plus de 150 personnes pour un chiffre d’affaires d’environ 90 millions de dollars.
  • L’‘open’ prend pied dans l’automobile : Tesla Motors, leader de la voiture électrique, a placé tous ses brevets sous licence ouverte ; OS Vehicle et Local Motors sont deux constructeurs automobiles open source ; en appliquant les méthodes agiles et l’open source, Wikispeed a conçu un prototype de véhi­cule entièrement modulaire en 3 mois, puis raffiné le modèle pour le rendre industrialisable – mais ne le produira pas soi-même.
  • Les modèles ‘open’ se répandent dans l’agriculture (semences ouvertes, machines agricoles d’Open Source Ecology), les drones, la santé…
  • L’open science conteste le modèle opaque fondé sur les grandes revues privées, les classements bibliométriques et les brevets, au service d’une circulation des résul­tats des données et de la recherche.
  • En rejoignant l’Open Government Partnership, la France, comme 64 autres pays, s’est engagée à « promouvoir la transparence, combattre la corruption, développer le pouvoir d’agir des citoyens et mettre la puissance des nouvelles technologies au service de la pertinence, de la transparence et de l’évaluation de l’action publique. »
Disruptif

De quoi parle-t-on ?
Selon les termes du chercheur Clayton Christensen, l’innovation disruptive [1] « décrit un processus par lequel un produit ou service apparaît tout en bas d’un marché, pour satisfaire des besoins simples, avant de monter inlassablement en gamme, jusqu’à remplacer les concurrents établis [2]. »

Parce qu’elles tendent (presque) toujours à innover dans le haut de gamme pour servir leurs clients les plus rentables, les entreprises installées sur un marché ouvrent un espace à de nouveaux concurrents, qui s’en serviront comme tête de pont pour évincer leurs prédécesseurs.

L’innovation disruptive se distingue de l’innovation ‘de rupture’ en ce qu’elle ne s’appuie généralement pas sur des technologies nouvelles. Au contraire, elle désigne toute innovation qui modifie les termes de référence d’un marché (la nature des produits, les usages, les prix ou les modes de commercialisation, les acteurs et leurs relations…) en s’appuyant, non pas sur une rupture technologique, mais plutôt sur un nouveau modèle d’affaires.

Principaux attributs transformateurs
La ‘disruption’ prend des formes très différentes, mais elle peut se décrire sommairement au travers de quatre caractéristiques qui, toutes, tirent parti du numérique :

Principales limites
En nourrissant les projets de nombreuses startups et les attentes de ceux qui les financent, la ‘disruption’ fonctionne comme une prophétie auto-réalisatrice. Mais cette approche rencontre aussi des limites :

  • S’adresser au départ à des marchés mal servis par les acteurs établis qui les considèrent comme non-rentables. Il peut s’agir de ‘niches’ aux besoins particuliers, ou du bas du marché.
  • Déplacer la valeur vers l’aval : depuis la conception et la production vers la distribution, le service, la relation, voire le client soi-même.
  • S’appuyer sur des briques technologiques ‘sur étagère’ et les combiner de manière créative avec d’autres facteurs d’innovation en matière de produits, d’usages, d’organisation, de marketing…
  • Créer de nouvelles alliances avec des entreprises complémentaires, des réseaux de distribution ou de prescription, des communautés d’utilisateurs, etc. Un modèle d’affaires décrit aussi l’agencement d’un réseau d’acteurs autour d’une chaîne de valeur partagée.
  • Il y a des endroits où elle pourrait ne pas fonctionner, voire s’avérer dangereuse : les incursions de Christensen dans l’éducation ou la santé ont suscité de vives controverses.
  • Le processus de disruption ‘par le bas’ puis de remontée vers le haut du marché ne fonctionne pas toujours : soit parce que les acteurs installés reconquièrent efficacement le ‘bas’ (cas des banques en ligne ou de la Renault Logan), soit parce que la montée en gamme s’avère difficile (par exemple, si elle exige d’investir dans des points de contact physiques).
  • Certains acteurs installés n’abandonnent jamais le bas de gamme : Bic, Ikea…

Quelques domaines que la ‘disruption’ transforme ou pourrait transformer

  • L’internet soi-même est une innovation disruptive, fondée sur son architecture décentralisée et le principe du best effort bien plus que sur une quelconque innova­tion technologique.
  • Des exemples canoniques : la photo numérique contre l’argentique (puis le smartphone avec appareil photo contre les appareils dédiés), le MP3 contre le CD…
  • Parmi les innovations de ‘business model’ les plus marquantes : l’open source ; le low cost reposant notamment sur la distribution en ligne et le self-service ; les Moocs et l’enseignement à distance, avec un modèle de type freemium
  • Les secteurs réglementés, ‘disruptés’ par de nouveaux concurrents : Uber face aux taxis, Airbnb face aux hôtels, Booking.com face aux agences de voyages…
  • Dans The Innovator’s Prescription (2009), Clayton Christensen prédit (et appelle) une disruption dans le secteur de la santé, tirée par l’evidence-based medicine (médecine de base assistée par ordinateur), les outils personnels, les forums et sites en ligne, etc.
Agile

De quoi parle-t-on ?
En informatique et innovation
Formalisées dans les années 1990, les méthodes agiles se démarquaient des méthodes informatiques traditionnelles dans le but de produire plus rapidement des logiciels mieux adaptés aux besoins réels de leurs utilisateurs et mieux à même d’évoluer par la suite. Elles reposent sur un ‘cycle de développement’ itératif, incrémental et adapta­tif : le projet se décompose en étapes courtes qui produisent des résultats utilisables, en interaction permanente avec toutes les parties prenantes.

Les 4 valeurs cardinales de l’agile
1. Les individus et leurs interactions, plutôt que les processus et les outils
2. Des logiciels opérationnels, plutôt qu’une documentation exhaustive
3. La collaboration avec les clients, plutôt que la négociation contractuelle
4. L’adaptation au changement, plutôt que le suivi d’un plan
Extrait du « Manifeste pour le développement agile de logiciels », 2001.

En management
Né dans l’industrie, le lean management (lean pour ’mince’, ‘au plus juste’) se focalise sur ce qui doit être fait au moment où ça doit l’être, visant à éliminer tout le superflu dont les réunions, la prévision et la planification font souvent partie.
Il s’appuie notamment sur :

  • Une intelligence collective ‘motivée rationnellement’, c’est-à-dire fondée sur la possibilité pour chaque collaborateur d’améliorer les conditions de sa propre activité en même temps que celle de toute l’entreprise ;
  • Une reconfiguration en continu des processus et de l’organisation, fondée sur des boucles de rétroaction très courtes.

Lean startup
Mariant management agile et lean, la lean startup n’attend que quelques semaines pour lancer un ‘produit minimum viable’, mesure l’usage en permanence et, en fonction des retours, est toujours prête à ‘pivoter’, à modifier ses hypothèses fondamentales sur son produit, ses marchés, sa stratégie et ses moteurs de croissance.

« Une startup est une organisation formée pour chercher un modèle d’affaires récurrent et capable de croître exponentiellement. »
Steve Blank, « What’s A Startup? First Principles », 2010.

Principaux attributs transformateurs

  • L’interaction continue avec les donneurs d’ordres et les utilisateurs, dans un processus où le ‘besoin’ s’affine autant en amont du projet qu’en son cours.
  • Une valorisation du module ‘qui marche’, par opposition au plan qui marchera un jour.
  • Une intelligence collective concrète, fondée sur le découpage du projet (ou de l’organisation) en unités autonomes, qui se coordonnent de manière souple avec les autres unités.
  • Des cycles de développement ou de transformation très courts, intégrant des retours d’usage rapides voire immédiats – permettant alors de tester plusieurs hypothèses à la fois (‘A/B testing’).
  • Une acceptation a priori du changement et une organisation destinée à le rendre possible à la fois pendant le projet et après le projet.
  • Un enchassement de différents niveaux d’action (des modules au système) permettant de penser l’évolution d’un système malgré le fait que certaines composantes bougent plus lentement, voire pas du tout.

Principales limites

  • Tout ne peut pas être ‘agile’ et en particulier les domaines où (1) les composantes sont étroitement interdépendantes et (2) l’échec a des consé­quences graves et irréversibles. On pense au nucléaire, à la sécurité nationale, à la chirurgie cardiaque, aux essais de médicaments…
  • L’agilité des uns peut se construire contre celle des autres. L’entreprise peut être ‘flexible’ mais son salarié ‘précaire’. L’agilité d’Uber ou d’Airbnb leur permet de concurrencer des secteurs fortement réglementés, qui ne peuvent pas toujours répondre avec les mêmes armes.
  • L’agilité ne dispense pas du besoin de sens, de conserver une vision globale, de se fixer un but.

Quelques domaines que ‘l’agile’ transforme ou pourrait transformer

  • La création d’entreprises : YCombinator aux États-Unis, The Family en France, accompagnent les jeunes entreprises sur le principe de la lean startup.
  • La conception industrielle : dans le projet Wikispeed, des équipes qui ne se connaissaient pas et, pour la plupart, ne se sont jamais rencontrées, ont conçu en 4 mois un véhicule qui consommait moins de 1,5l/100km tout en répondant aux normes automobiles américaines.
  • Les équipements médicaux : développés dans des temps records avec des moyens très faibles, les prothèses de Bionico ou les couveuses d’Embrace (deux projets sans but lucratif) innovent tout en coûtant bien moins cher que les produits des industriels installés.

L’équipe Fing : Marine Albarède, Amandine Brugière, Cécile Christodoulou, Sophie Fourquet-Mahéo, Renaud Francou, Amandine Fraval, Matthieu Gouret, Hubert Guillaud, Aurialie Jublin, Daniel Kaplan, Pierre Mallet, Jacques-François Marchandise, Thierry Marcou, Manon Molins, Charles Népote, Denis Pansu, Véronique Routin, Rémi Sussan.
________
Notes
1.La traduction littérale de l’anglais disruption est ‘perturbation’. Mais il ici s’agit d’une perturbation radicale après laquelle on ne retourne pas à l’état initial.
2.The Innovator’s Dilemma, Harvard Business Review Press, 1997.

Source : internetactu.net

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La consommation collaborative ont leurs hubs

20 Avril 2015, 20:39pm

Publié par Grégory SANT

Pour l’instant encore, la consommation collaborative est surtout visible grâce à son volet numérique : elle s’incarne essentiellement via des plateformes de partage en ligne telles que AirBnb ou BlaBlaCar. C’est à la fois une force et une limite. Une force, car c’est l’atout de ces services, une limite parce que cela peut freiner leur développement : un service de partage d’objets entre voisins ou dans un quartier a certainement aussi besoin de rencontre physique pour exister. C’est cette incarnation physique, cette hybridation entre espace réel et espace numérique – à laquelle nous avons été confrontés durant toute cette expédition – que cherche à s’intéresser cette piste.

L’essentiel des services de la consommation collaborative nécessite des lieux pour se rencontrer, pour partager, pour créer collectivement. C’est à la fois un facteur pour se développer, pour exister (en s’inscrivant dans l’espace physique, réel) et de reconnaissance. C’est au niveau local que la consommation collaborative permet de renforcer la proximité et le lien social, de répondre à des besoins du quotidien : il y a aujourd’hui un véritable enjeu dans l’outillage des gens pour que le partage puisse se développer au-delà des plateformes, en mode low tech ou à partir d’interfaces physiques plus accessibles à tous. D’où le besoin d’incarner la consommation collaborative dans des hubs, des espaces physiques ouverts aux croisements et à la diversité des échanges et des contributions.

Des hubs de partage pour quoi faire ?

Les pratiques collaboratives se développent principalement en ligne via des plateformes dédiées ou dans le “réel”, via des espaces d’échanges ponctuels (type brocantes ou vides greniers) qui ne répondent pas toujours à nos pratiques contemporaines et à nos besoins quotidiens. Comment faire pour outiller le partage de proximité, faciliter les interactions directes entre les utilisateurs ou favoriser le partage d’espaces ou de biens entre acteurs hétérogènes ? Pour que la consommation collaborative se développe, il est nécessaire de ne pas la rendre accessible uniquement aux seuls early adopters mais également à tout à chacun, afin de prendre part à cette consommation horizontale, quelque soit ses pratiques, numériques ou non, ou son lieu de vie.

Aujourd’hui, des initiatives ascendantes et spontanées émergent dans les villes aux quatre coins de la planète par exemple avec les givebox (“boîte à donner”). Nées à Berlin, les givebox sont basées sur l’échange : on donne ce dont on ne se sert plus ou ce que l’on veut partager, et l’on prend ce qui nous intéresse. Les effets recherchés sont multiples : lutter contre le gaspillage ou l’obsolescence des objets, favoriser le réemploi, créer du lien, etc. Vêtements, jouets, vaisselle, appareils électroménagers, on trouve à peu près de tout dans ces boîtes de quartier. Ces dernières se développent à une échelle locale, directement dans l’espace public ou dans des lieux associatifs, elles sont dans l’idéal accessible 24h/24 et doivent leur succès au fait d’être alimentées en permanence par les individus. Une version alimentaire vient d’ailleurs de voir le jour ces derniers mois, encore à Berlin, sous la forme de réfrigérateurs placés dans l’espace public et alimentés par des commerçants et des particuliers. Autant de micro-infrastructures qui ont pour vocation de devenir des espaces de partage incarnés dans la ville : ce sont des exemples de ce que nous entendons par “hubs de partage”.

À l’image de ces projets, l’idée est d’imaginer, d’expérimenter, de prototyper des dispositifs, de développer des outils qui permettent de favoriser les échanges physiques, la mutualisation d’espaces à l’échelle d’une résidence, d’un îlot, d’un quartier et qui pourraient être appropriés par tout citadin, association, innovateur souhaitant mettre en oeuvre une initiative collaborative sur un territoire. Low tech ou connectés, ces “hubs” ont ainsi vocation à faciliter et sécuriser nos pratiques collaboratives, à relier le monde numérique au monde physique. Le hiatus entre les plateformes accessibles uniquement en ligne (alors qu’elles proposent souvent des formes et des objets d’échanges physiques) et leur absence de réalité physique [1] est un frein constant à leur développement. Aujourd’hui, la plateforme de vente d’occasion entre particuliers Le Bon Coin fait partie des 10 sites Internet les plus visités en France, mais beaucoup de petites plateformes d’échanges de proximité (Peerby, ShareVoisins…) connaissent des difficultés pour trouver un modèle économique pérenne. On peut alors se demander si des lieux spécifiques d’échanges permettraient de rendre ces derniers encore plus fluides et permettraient aux acteurs des plateformes d’atteindre ainsi une masse critique nécessaire à leur viabilité économique…

Ce n’est pas “un hub”, mais “des hubs” dont on parle dans cette piste. Ils ne sont pas strictement physiques ou numériques, mais peuvent au contraire prendre plusieurs dimensions, plus hybrides :

  • une dimension physique : une pièce d’échanges, une consigne, une conciergerie, une salle mutualisable…
  • une dimension numérique : une plateforme numérique, une application d’échanges de proximité…
  • une dimension “méta-plateforme” visant à organiser le partage (d’objets ou du lieu lui-même) au sein du lieu : un agenda partagé, une plateforme de réservation d’un lieu, un service de recherche sur plusieurs services collaboratifs en ligne…

Si ces différentes dimensions peuvent être totalement indépendantes les unes des autres, possédant comme point commun des éléments facilitant d’un point de vue de l’économie du partage, elles peuvent aussi être pensées de façon complémentaire. L’important ici n’est pas de développer une dimension par rapport à une autre, mais bien de voir comment elles peuvent se compléter et dialoguer, et permettre de développer de nouvelles opportunités et de nouveaux services.

Que partage-t-on dans le hub de partage ?

Ces lieux ont vocation à accueillir différents types de biens, matériels ou immatériels, amenés à être utilisés par des publics divers. Il peut alors s’agir de biens ou d’objets appartenant à des particuliers mis en partage de façon temporaire ou permanente, tout comme des échanges de services ou de compétences entre individus, basés sur le principe des banques de temps ou des accorderies. Ces espaces peuvent aussi accueillir des objets mutualisés ou mutualisables. Ainsi, les buanderies collectives qu’on trouve dans les immeubles américains, les cuisines partagées en Suisse, ou les espaces de stockage et de mutualisation d’outils dans les jardins partagés sont, par exemple, des formes de hubs de partage, tout comme les places de parkings dédiées aux covoitureurs. À Montréal, une “bibliothèque d’outils” est en train de voir le jour : la Remise se veut être une “coopérative de solidarité” qui permettra à ses membres d’emprunter des objets de bricolage à prix abordable, offrira un espace de travail adapté à leurs pratiques et proposera des formations diverses. Ce genre de hub de partage permettra donc un passage facilité vers une économie de l’usage.

Les industriels, qui prennent peu à peu conscience de certains enjeux de consommation collaborative, peuvent tout à fait jouer un rôle dans les hubs de partage. Demain, Leroy Merlin, par exemple, développera peut-être un réseau de micro-magasins en ville pour favoriser l’emprunt ou la mutualisation par ses clients de ses produits.

Des espaces peuvent aussi être mis eux-mêmes en partage et devenir par conséquent des hubs temporaires, dont la surface, les services et les équipements sont accessibles à de nouveaux usagers. Ainsi une bibliothèque ouverte le soir pour accueillir des associations, une cantine d’école faisant office d’espace de cours de cuisine le week-end ou un espace de coworking loué ponctuellement par une organisation,… ces espaces deviennent des espaces en partage temporaires, à l’image de la ville malléable appelée de ses voeux par le géographe Luc Gwiazdzinski. C’est sur ce principe que plusieurs start-ups ont développé des plateformes pour transformer temporairement son logement en espace de travail communautaire – comme la start-up Hoffice le propose – ou en espace de réception ponctuelle comme la plateforme Snap Event nous y invite.

Qui organise le partage dans un hub ?

Si les biens partagés dans ces espaces d’un nouveau genre sont multiples, il en va de même pour les particuliers ou les structures qui les mettent à disposition. Les particuliers peuvent par exemple mettre des objets qu’ils possèdent à disposition, comme c’est déjà le cas dans un garage collectif par exemple. Des structures collectives (structures publiques, associations ou coopératives) peuvent aussi mettre en partage certains de leurs biens. Les objectifs pour une structure peuvent être alors pluriels : le partage peut-être leur finalité (comme avec les coopératives d’autopartage) mais le but peut aussi être de diversifier les rentrées d’argent en exploitant la capacité excédentaire de certains de leurs biens ou espaces.

On peut aussi imaginer que des groupes privés, fabricants ou vendeurs de produits ou de services souhaitent mettre à “disposition” leur offre. Location à l’usage, abonnement ou offre freemium/premium… : les différents modèles économiques sont encore largement à inventer. Néanmoins, les grands groupes semblent aujourd’hui les acteurs le plus à même de donner une taille critique à ces hubs, par leur capacité à fournir objets, espaces et services utiles par rapport à nos pratiques quotidiennes.

Enfin, les collectivités locales et structures publiques ont tout intérêt à être parties prenantes dans le développement et le fonctionnement de ces espaces de partage pour s’adapter aux attentes et modes de vie émergents des usagers et améliorer leurs services avec une logique de biens communs ; c’est aussi une opportunité de maximiser leurs investissements et d’optimiser leurs équipements. C’est le cas par exemple au Québec, avec le réseau de cuisines collectives. Le principe est simple : acheter collectivement des produits pour les cuisiner ensemble. Bon nombre de ces cuisines collectives prennent place dans des équipements publics comme des crèches ou des écoles, là où le matériel pour cuisiner existe et est sous-exploité. C’est un exemple d’équipement public qui met en partage sa structure, mais organise également l’achat groupé, le tout au service du lien social.

Entreprises et associations, collectifs citoyens seront aussi des acteurs moteurs de cette dissémination des fonctions de partage. En effet, les AMAP prennent d’ores et déjà place au sein des entreprises ou dans les universités.

Les 3 dimensions du hub de partage. Quels leviers, quelles caractéristiques ?

Pour saisir comment peut s’illustrer un hub de partage dans ces différents aspects, il est important d’en saisir les caractéristiques propres à chaque dimension, mais plus encore, les enchevêtrements possibles entre les formes physiques, numériques et méta.

Il existe bien entendu des caractéristiques générales aux 3 dimensions, qui permettront à ces espaces physiques ou numériques une conception pérenne et une utilisation facilitée pour tous. L’objectif premier d’un hub de partage est de réduire les frictions ; l’important est donc de rendre les échanges les plus fluides, rapides, collaboratifs possibles pour que les usagers favorisent le partage entre eux. C’est notamment la praticité qui fait que l’on va, ou non, partager.

La question de la confiance est aussi primordiale. Qu’importe par qui elle est assurée (une personne physique comme un gardien ou un habitant référant, un tiers de confiance, un outil technologique ou une innovation numérique, etc.), c’est à partir du degré de confiance qu’auront les gens ou les organisations dans le service qu’ils seront prêts à partager leurs biens.

De la même façon, le hub doit pouvoir s’appuyer sur une communauté. Qu’importe la taille de cette dernière, les individus doivent pouvoir développer un sentiment d’appartenance pour agir ensuite avec bienveillance avec les autres usagers et les différents biens partagés. C’est ce qu’a réussi un service comme La ruche qui dit oui, qui à travers les nombreuses implantations, a su faire émerger des communautés actives localement. Une réflexion est donc aussi nécessaire pour savoir à qui s’adresse ce hub et à quelle échelle est-il pensé. Est-il ouvert à tous ceux qui le souhaitent ou seulement à certaines populations (d’un immeuble, d’associations, d’un quartier ?…). Cet aspect engage aussi directement des règles communes, induites ou non, qui n’ont pas vocation à êtres punitives, mais seulement à poser un cadre à respecter. Qu’elles prennent la forme de conditions d’utilisation, de charte, de règlement, ou de modalités d’organisation de la gouvernance, elles permettent, à l’image des règles de vie dans un espace de co-working, un respect mutuel entre personnes n’ayant pas les mêmes rythmes et habitudes du lieu fréquenté, et des biens mis en partage.

Enfin, la mise en place de hubs de partage se confronte à des questions plus générales. Le modèle économique de ces lieux constitue encore un frein important au développement de ces hubs. Aujourd’hui, si les plateformes numériques de consommation collaborative se développent aussi vite, c’est parce qu’elles ne coûtent pas cher, au moins dans un premier temps. Les lieux de partage ont besoin d’un modèle économique viable. Des expérimentations doivent donc être menées pour trouver des modèles soutenables financièrement, portés par un ou plusieurs acteurs locaux. C’est bien grâce à des partenariats et des dispositifs innovants que ces lieux prendront forme à l’avenir. Les modèles économiques dépendront directement de l’acteur à l’initiative de la mise en place du hub de partage, et seront forcément bien différents si ce dernier est une association de quartier, un promoteur immobilier, une entreprise commerciale ou une collectivité territoriale.

Caractéristiques de la dimension physique

L’idée du hub renvoie directement au fait de rassembler. À l’image d’un hub de transport, il joue le rôle d’échangeur, il permet de créer l’interface entre différentes pratiques, différents publics. La dimension physique du hub de partage dialogue donc nécessairement avec une dimension locale. Néanmoins, ce hub physique peut avoir de multiples incarnations qu’il peut être utile de différencier.

Une consigne, une dropbox physique ou un entrepôt partagé illustrent bien comment peut s’incarner un espace où l’on vient stocker et partager des biens entre pairs. À Paris, par exemple, un service citoyen de partage gratuit d’objets nommé Domotek vient récemment de voir le jour, hébergé par la Ressourcerie de la Petite Roquette. Cet espace de stockage est conçu comme un hub où sont entreposés des objets, électro-ménagers pour la plupart, dont l’utilisation n’est pas quotidienne. En déposant un objet à la Domotek, je fais partie de la communauté et je peux ainsi emprunter gratuitement n’importe quel objet. Soit l’objet déposé est en bon état et pourra être loué, soit il sera recyclé par la ressourcerie. En l’absence d’objet à mettre en location, une inscription symbolique de 5 euros par an suffit pour avoir accès à la Domotek.

Mais la notion de partage d’un hub physique peut aussi se retrouver dans des espaces où l’usage prime sur la possession et où des équipements sont mutualisés, comme la buanderie collective ou les cuisines collectives (nombreuses au Québec ou en Suisse). Aussi, c’est l’espace physique qui peut être partagé et mis à la disposition de publics ou d’acteurs différents. L’îlot de travail partagé, la salle d’anniversaire urbaine, ou encore la maison de quartier à la demande peuvent permettent à des groupes ou individus d’avoir accès à un espace pour y créer ou y développer une activité, prédéfinie ou non. C’est dans cet esprit que la municipalité de Séoul, à travers son programme Sharing City, a mis à disposition de sa population presque 800 bâtiments publics. Elle a fait de ces lieux des hubs de partage, rendus disponibles à la location pour la population aux heures d’inactivité, quand ils étaient auparavant fermés au public. En un an de programme, ces différents lieux ont été loués plus de 22 000 fois par les habitants de la ville.

Les hubs de partage ont en tout cas tendance à agréger différents types de services, de fonctions annexes, créant des lieux mixes ou polyvalents où se croisent différents publics et différentes activités.

Malgré cette multitude de visages, un hub physique nécessite de s’intéresser à certaines particularités qui lui sont propres :

  • La scalabilité, c’est-à-dire sa capacité à passer à l’échelle. La notion de “hub de partage” est étroitement liée avec l’échelle de partage à laquelle ce hub s’organise. Village ? Quartier ? Rue ? Immeuble ? Les réponses seront bien entendu très différentes selon les contextes locaux et selon l’importance des dispositifs de partage. L’échelle est aussi directement liée au modèle économique du hub.
  • La capacité de stockage est un défi important auquel doit répondre un hub de partage, même s’il est forcément bien différent en zone dense ou en zone rurale. Le hub doit pouvoir être en capacité de stocker en sécurité les différents biens que les usagers voudront s’échanger. À noter que le stock n’est pas obligé d’être centralisé, mais peut au contraire être éclaté (entre usagers, services publics, commerçants, etc.).
  • L’accessibilité et l’amplitude horaire du hub de partage est primordiale, les usagers doivent pouvoir y avoir accès le plus souvent possible, en lien avec leurs pratiques et leurs modes de vies [2]. L’accessibilité physique du hub est aussi très importante. Elle doit permettre à tout un chacun d’avoir accès à l’espace partagé ou à l’espace de partage, par différents moyens : un code, une clé électronique, une porte spécifique, etc.
  • La notion de l’emplacement est importante. Où créer ce hub ? Quel local ou quel emplacement dans l’espace public ou collectif choisir ? Selon quels critères et quelles stratégies ? Comment trouver un lieu ? La visibilité du hub dans l’espace est aussi importante, en particulier pour ceux liés à la mobilité par exemple comme les parkings de co-voiturage.
  • Enfin, tous les biens ne se prêtent peut-être pas au partage. Quels biens sont les plus intéressants à trouver dans un hub de partage ? Quelle fréquence d’utilisation ? Quelle qualité nécessaire ? Quel besoin de spécificité et d’individualisation ? Les biens sont-ils compatibles pour renforcer une communauté ou différents pour associer différents types d’utilisateurs… Ces différents éléments permettront de savoir si la présence de différents biens dans un lieu fait sens ou non.

Ce genre de hub physique ne dépend donc pas de l’importance de l’échelle à laquelle il se déploie. Il se peut que des micro-initiatives émergent à l’échelle d’une résidence par exemple, type Troc de Presse ou des bibliothèques d’immeuble, sans qu’il soit nécessaire de déployer des dispositifs d’accessibilité ou de médiation lourds.

Si la présence ou non d’une personne ressource pour s’assurer du bon fonctionnement du hub dépendra de sa taille et de l’importance de son déploiement horaire – donc aussi de son modèle économique – il est bon de rappeler que ces espaces de partage ne doivent pas être pensés comme des “boîtes” où la technologie remplacerait l’humain. Si cela peut réduire les frictions, automatiser l’espace n’est pas toujours la solution la plus efficace pour favoriser le développement du lien social. À l’image du concierge, ou de l’animateur de communauté, dont on redécouvre l’importance aujourd’hui, ces agents ressources seront au coeur de ces futurs espaces.

Caractéristiques de la dimension numérique

Un hub de partage a également une “couche numérique”, à la fois interface entre les gens et les pratiques et espace de stockage en tant que tel : dropbox numérique, cloud, etc. Un hub numérique ne permet pas seulement le partage de contenus, de données ou d’informations entre particuliers [3]. Pour assurer ces différents aspects, il doit alors intégrer plusieurs fonctions :

  • La facilité de publier son offre sur le service, d’exprimer une demande. L’offre globale doit être aussi facilement accessible et compréhensible.
  • La facilité de compréhension et d’utilisation de la plateforme.
  • Une capacité de stockage importante si le hub numérique se veut espace de partage de documents ou de contenus numériques.
  • Parce qu’il permet de connecter ses différentes informations personnelles, le hub numérique peut jouer le rôle d’interface de gestion de ses différentes pratiques de consommation collaborative, en regroupant, par exemple, sur un même espace les données et profils traditionnellement éclatés sur les différentes plateformes. Cette fonction permet alors une vision plus globale de ses propres pratiques collaboratives. Les données numériques permettent aux plateformes de renforcer le cadre de confiance. Comme les gens ne se rencontrent pas forcément en vrai avant la transaction, les informations personnelles collectées (photographies, profils, réputation…) rassurent souvent les usagers au moment de valider les échanges. C’est en grande partie pour ça que les plateformes collectent aujourd’hui beaucoup d’informations nous concernant, et demain encore plus. Mais peut aussi être le point de centralisation de ses propres données personnelles concernant ses pratiques collaboratives, les profils de ses différentes plateformes, afin d’en faciliter la gestion par l’individu.

La question de la portabilité des profils et de l’identification unique
Un dernier aspect du hub de partage numérique pose la question de la portabilité de nos différents profils numériques. L’enjeu est autant l’authentification unique sur une même plateforme pour nos différentes pratiques, que d’être en capacité de partager nos données. Aujourd’hui, certaines plateformes développent des services de gestion de sa réputation en ligne. La start-up Traity souhaite par exemple créer le tableau de bord du capital social de chacun, permettant de certifier nos identités et nos comportements. L’entreprise souhaite ainsi fournir des informations relatives à notre réputation, qui soient ouvertes et transportables d’une plateforme à l’autre.

De leur côté, si les acteurs publics développent de plus en plus de services en ligne, cela pose aussi la question de l’identification publique unique. Si je dois avoir un identifiant différent pour aller sur le site du gymnase local et m’enregistrer pour réserver dois-je en avoir un autre pour aller sur celui de la ville pour m’inscrire à une réunion de quartier ? Faudra-t-il un profil Facebook pour m’enregistrer sur le site de la ville ? Ou un profil de la ville pour m’enregistrer ailleurs ? Si les villes, départements, régions, deviennent moteurs de plateformes, il semble donc nécessaire de poser la question d’un système d’authentification unique et celui de profils validés, conservés et sécurisés par elles.

C’est aussi un enjeu qui amène celui de la vente de profils et de leur fonction commerciale dans une économie de plateforme.

Caractéristique de la dimension de “métaplateforme”

Un dispositif multi-acteurs, multi-pratiques, multi-fonctions, a besoin de règles et d’outils collaboratifs pour faciliter les formes de partage. La dimension de métaplateforme peut ainsi s’apparenter à un outil de gestion collective d’un bien ou d’un espace mis en partage, ouvert à différents acteurs ou individus. Dans nos vies, ces métaplaformes émergent déjà : agendas partagés, plateforme de réservation d’un espace de réunion ou d’un livre en bibliothèque, Intranet dans les entreprises, etc. Pour l’instant, elles prennent surtout place dans des organisations fermées, mais demain ces métaplaformes seront plus ouvertes pour permettre une meilleure optimisation et faciliter l’émergence de tout type d’échanges, des biens et des espaces. Les avantages d’une telle offre centralisée et ouverte paraissent importants et permettent de rassembler sur une même interface la totalité des créneaux des espaces mis en libre réservation. À la manière d’un agenda partagé ou d’une plateforme de prise de rendez-vous comme mondocteur.fr, ce type de plateforme permettrait de tracer les disponibilités, de rendre visible l’offre et ainsi permettre à l’usager de réserver un objet ou un espace pour un créneau à partir des données disponibles.

Quelles fonctions nécessitent donc ces outils collaboratifs pour exister ? Quelles recommandations peut-on faire pour favoriser leur développement ?

Pour faciliter l’appropriation de tous de l’outil de partage, il est nécessaire d’être attentif à la facilité de compréhension et d’utilisation de ce dernier. Le design et l’ergonomie doivent donc être soignés et pensés en conséquence.

Pour que ces différentes pratiques de partage de biens et d’espaces s’inscrivent dans notre quotidien, cela nécessite des efforts pour mettre ces outils généralement lourds au niveau de nos usages et outils numériques. Pour l’instant, la plupart de ces plateformes sont encore inatteignables depuis nos téléphones mobiles.

Pour une bonne organisation globale de l’outil, une réflexion sur la gouvernance est nécessaire. Qui détient l’outil ? Qui en détient la gestion quotidienne ? Qui a la main sur le système en cas de problème ou pour faciliter son usage par les utilisateurs ?

L’accessibilité est aussi un élément important. Qui a accès à la plateforme et à quel moment ? Existe-t-il certains espaces réservés sous certaines conditions ? Des espaces communs et des espaces personnalisés (à l’image d’un agenda partagé par exemple) ?

Mettre en place un hub de partage

L’idée du hub renvoie directement au fait de rassembler. À l’image d’un hub de transport, il joue le rôle d’échangeur, il permet de créer l’interface entre différentes pratiques, différents publics.

La fonction première du hub de partage est ici de faciliter la rencontre entre offre et demande d’un point de vue du partage. L’esprit de cette piste est à la fois de faire en sorte que les échanges soient plus faciles et pratiques pour tout le monde, mais aussi de favoriser l’entrée de petits acteurs ou de n’importe quel type d’initiatives d’échanges de proximité. Pour remplir cet objectif, il est important d’arriver à développer des espaces de partage dont les dimensions physiques / numériques / plateformes soient complétementaires, selon les moyens, les types de biens mis en partage et l’échelle à laquelle est développé le service.

Dispositifs supports et fonctions transverses

Développer ces espaces de partage dans notre quotidien (au sein des immeubles, lieux de travail ou dans les espaces de loisir), s’accompagnera de nouvelles professions ou des fonctions complémentaires aux hubs : médiateurs, gestionnaires, concierges de biens en partage… Au-delà de la seule animation d’une communauté, ils auraient pour rôle de s’assurer de la bonne coordination du partage des objets entre les individus, de l’entretien des biens collectifs, ou de la mise à disposition de certains espaces communautaires. Réparateurs d’objets en partage ou gestionnaires de stock seront-elles aussi demain des fonctions importantes dans une perspective de développement de l’économie de la fonctionnalité ?

Les tiers de confiance deviendront aussi indispensables pour assurer le partage entre particuliers. Postiers, commerçants, animateurs de communauté(s), gardiens d’immeuble ou habitants référents, les profils possibles sont multiples. Leur rôle pourrait être d’apporter un cadre rassurant pour favoriser les échanges, servir d’intermédiaire quand il le faut entre certains particuliers, réceptionner et stocker des biens ou encore apporter une présence humaine, et donc contact et relationnel, dans des dispositifs qui peuvent favoriser les échanges virtuels ou très ponctuels et les élargir. À l’image des postiers, dont le coeur de métier s’hybride progressivement avec l’ajout de nouvelles tâches annexes, ces différentes fonctions seront sans doute demain exécutées par des travailleurs dont le métier sera un véritable “couteau suisse”.

Des offres assurantielles devront aussi se développer autour de ces hubs de partage pour apporter des garanties dans les échanges et assurer les biens mutualisés ou ceux appartenant à des particuliers et prêtés ou loués à d’autres particuliers. Même si certains acteurs de l’assurance, comme la MAÏF avec la création de MAÏF Social Club, commencent à prendre position dans l’économie collaborative, ces offres assurantielles personnalisées nécessitant des modèles innovants sont encore largement à inventer.

Enfin, ces hubs s’accompagneront peut-être d’une émergence, spontanée ou aidée, de médiateurs et prestataires en bout de chaîne, depuis le dépôt-vente local jusqu’aux plateformes telles qu’eBay ou LeBonCoin. Organiser la location, le partage, la revente, mutualiser la logistique entre les entreprises et/ou les particuliers seront sans doute demain des fonctions nécessaires pour accompagner le développement de ces lieux.

Comment cela peut-il s’incarner ? Quelles expérimentations mettre en place ?

Les hubs ou espaces de partage ne sont pour l’instant pas très nombreux au sein de nos immeubles ou de nos quartiers. La difficulté de trouver un modèle économique stable pour ces lieux semble aujourd’hui être le frein le plus important, mais la question de la confiance reste encore aussi prédominante, notamment dans le cas où les objets mis en partage proviennent des particuliers. L’expérimentation peut donc être une réponse judicieuse pour tester différents espaces ou dispositifs dédiés au partage. Ces prototypes peuvent être de nature différente, autour d’objets (une flotte de voitures), d’un service (les transports publics) ou d’un lieu (un équipement public), avec pour ambition d’améliorer les services existants, de favoriser l’optimisation de biens ou d’espaces ou encore de maximiser leurs usages. L’expérimentation est au coeur d’une idée de projet développé par le Nesta, l’organisme chargé de l’innovation au Royaume-Uni, avec la création d’un laboratoire autour de la consommation collaborative dont l’un des objectifs est justement d’améliorer l’utilisation des biens publics, d’expérimenter de nouveaux modèles de prestation de service ou de développer le financement de services de partage.

À une échelle moindre, le Conseil général de Loire-Atlantique expérimente un dispositif léger visant à créer une halte de covoiturage dans une gare, en complément de son réseau d’autocars. L’espace accueillant le prototype devient alors un hub physique de pratiques de mobilité partagée. Le dispositif, peu coûteux, permet alors d’observer les usagers, de mesurer les impacts du projet et d’ajuster le prototype pour le rendre plus performant en cas de pérennisation. Cette borne permet surtout de marquer spatialement une demande qui ne s’exprime d’ordinaire qu’à partir de plateformes numériques.

Pour expérimenter à l’échelle de l’ilot ou de l’habitat existant, dans le dur, il faut dans un premier temps s’appuyer sur des initiatives ascendantes ou chercher à les favoriser. Des voisins qui s’organisent pour construire une givebox, ou une ressourcerie, un repair café une fois par mois sont autant de projets permettant de créer des hubs temporaires. Des dispositifs low tech peuvent être mis en place pour faciliter des initiatives liées au partage dans les lieux de vie. Des locaux peuvent par exemple être mis à disposition d’associations de locataires pour développer le partage d’objets, de compétences ou de services. Ces espaces faciliteraient le troc ou le partage d’objets liés au quotidien comme les machines à laver ou les ustensiles de cuisine, mais pourraient aussi venir se développer autour de pratiques collectives : le jardinage, la cuisine, le bricolage, etc.

Si les pratiques de partage et de consommation entre particuliers continuent à se développer, les acteurs de l’immobilier et de la construction devront nécessairement y prendre part, que ce soit dans un rôle d’accompagnateur et de facilitateur de ces pratiques, ou au contraire pour les faire émerger là où elles ont du mal à exister. Demain, sans doute, les cahiers des charges des futures constructions incluront la création d’espaces collectifs dédiés à la mutualisation et au partage. Les plans locaux d’urbanismes (PLU) obligeront d’ailleurs peut-être à un pourcentage d’espaces partagés à concevoir selon la taille des bâtiments. De nouvelles réflexions doivent avoir lieu pour repenser l’appartement et l’immeuble à l’aube de ces nouvelles pratiques ; mais aussi pour se rendre compte de ce que les individus sont prêts à partager (du palier à la chambre d’amis, en passant par la cuisine et le garage, espace pour accueillir des invités…) à l’échelle de leur logement, étage, immeuble, îlot et de la façon dont cela peut s’exprimer spatialement.

L’essor des projets d’habitat partagé ou participatif permettra le développement des espaces collectifs dans l’habitat. Les premiers retours d’expérience permettront de développer des projets plus évolutifs dans le temps et prenant mieux en compte les trajectoires de vie (déménagement, divorce, familles recomposées, vieillissement, etc.). Des structures juridiques plus légères permettront de développer des programmes immobiliers semi-­participatifs, incluant d’autres types d’espaces collaboratifs : espace de travail partagé, jardin communautaire, recyclerie de quartier, etc. L’habitat participatif influencera aussi l’habitat plus traditionnel, avec le développement d’espaces collectifs au sein des immeubles et de services mutualisés, comme dans cette résidence d’un genre nouveau à Lille (.pdf).

Il est possible aussi que le métier des promoteurs immobiliers s’étende pour accompagner ses évolutions. Demain, certaines résidences offriront sans doute des espaces dédiés aux équipements partagés comme des buanderies ou des cuisines et espaces de réception collectifs, des bibliothèques d’immeuble, des espaces de travail partagés, des espaces de bricolage communautaire, etc. Cette économie de la fonctionnalité appliquée à l’échelle d’un immeuble ou d’un îlot induira aussi peut-être demain des flottes de véhicules partagés gérés par les promoteurs immobiliers, comme c’est le cas à Reims avec le service d’autopartage mis en place par le bailleur Effort Rémois.

Ces nouvelles stratégies de hubs liés au partage et à la mutualisation peuvent induire aussi des transformations sur la distribution. Dès aujourd’hui, le e-commerce réinvente les échanges B2C et pousse indirectement au renouveau des points relais. Demain, les espaces de consigne, ou les dépôts mutualisés seront peut-être la norme de nos échanges P2P ou B2B. Au Bout du Champ propose par exemple dès aujourd’hui de récupérer ses achats de fruits et légumes directement dans des espaces ouverts jusqu’à un horaire tardif, simplement avec un code envoyé par téléphone. D’autres types de biens pourront se trouver dans ces casiers demain. De son côté, La Poste lance son dispositif de consignes automatisées en gare, permettant de récupérer de façon autonome ses colis. Aujourd’hui, ces consignes sont encore réservées pour des échanges B2C, mais demain il sera sans doute possible de déposer un bien dans un casier automatisé pendant qu’un code est envoyé automatiquement au destinataire du bien pour lui permettre de le récupérer.

L’incarnation physique du partage, en attendant de trouver des modèles économiques stables, sera sans grand doute articulée à un ou plusieurs services. Le hub de partage devrait donc demain être un espace hybride, où différentes activités se mélangeront, selon sa taille et ceux qui en sont à l’initiative. Le hub associatif sera par exemple couplé à un repair-café et une recyclerie, ou encore à une accorderie. À l’échelle du quartier émergent déjà des lieux d’un genre nouveau, comme au sein de l’éco-quartier Ginko à Bordeaux, une conciergerie solidaire, à mi-chemin entre la conciergerie d’entreprise, le dépôt-vente, la consigne collective et la banque de services. Cet espace au fonctionnement souple est géré par une association d’habitants et financé majoritairement par Bouygues Immobilier et la municipalité. De son côté, La Poste ouvre son premier PickUp Store en gare, proposant en plus des services habituels (retrait, échange et dépôt de colis) des services de conciergerie (pressing, cordonnerie, réparation). De plus, La Poste, qui souhaite se positionner en “catalyseur de l’économie collaborative” avec un rôle de tiers de confiance, pourrait sans doute, demain, favoriser dans ces lieux l’échange entre pairs via différents services ou dispositifs physiques. Il y a fort à parier que ces lieux feront demain partie intégrante de nos quartiers et renforceront la vie locale. Ils doivent nous permettre de reconquérir nos espaces partagés pour reconquérir nos formes de sociabilité, comme nous y invite l’architecte et urbaniste Nicolas Soulier dans son livre Reconquérir les rues. Jusqu’à faire évoluer les attentes et les comportements des habitants !

Pierre Mallet
Avec la complicité de Marine Albarède et Véronique Routin du groupe de travail Sharevolution de la Fing et de Hubert Guillaud d’InternetActu.

Propositions de démonstrateurs

Dans le cadre des travaux réflexifs que la Fing engage dans ses groupes de travail, sa vocation est de dépasser l’analyse en proposant, depuis ses réflexions, des propositions d’expérimentations plus concrètes. Tel est l’enjeu des démonstrateurs proposés pour chaque piste : ouvrir le possible, proposer aux différents partenaires et acteurs des pistes de recherche-action pour comprendre plus avant les transformations en cours.

Dans le cadre de cette piste sur les hubs de partages, voici 4 propositions de démonstrateurs dont certaines seront approfondies avec nos partenaires et pourront donner lieu, nous le souhaitons, à des expérimentations réelles. Elles ne sont ici qu’esquissées.

Le quartier malléable

Une expérimentation de partage de la ville

Directement inspiré des travaux du géographe Luc Gwiazdzinski, le quartier malléable se veut une expérimentation en situation de sa proposition d’optimiser l’usage des bâtiments privés et publics en les ouvrant à de nouvelles formes de partage.

“Faisons en sorte que les bâtiments existants servent à une chose différente le matin, l’après-midi, le soir et la nuit” – Luc Gwiazdzinski.

La question à se poser et à laquelle répondre est de savoir comment une idée passe à l’échelle. Quels nouveaux services faut-il imaginer pour fluidifier ces formes de partages ? Comment organiser concrètement les autorisations d’accès, l’accès aux lieux, les responsabilités assurantielles et personnelles ? Quelles passerelles servicielles imaginer entre ces nouvelles formes d’ouverture publiques et des formes privées ? Quels obstacles faut-il lever pour développer un quartier malléable ?

Pour développer une telle expérimentation grandeur nature, nous aurions besoin d’un territoire pilote qui souhaiterait lancer une expérimentation de ce type sur plusieurs sites ayant plusieurs fonctions (école, cantine, gymnase, MJC, et autres bâtiments municipaux) ainsi que des acteurs privés intéressés à accompagner cette expérimentation pour développer des services liés et complémentaires (services d’authentification, de gestion de clefs et d’autorisation, agenda partagé, gestion de la facturation de l’électricité, etc., passerelles avec des services privés existants et à développer). Quels enseignements pourrions-nous retirer d’une expérimentation grandeur nature autour d’une dizaine d’équipements publics mis en partage sur un an ?

Le 1% sociabilité

Une proposition de loi pour développer la sociabilité de voisinage

La développement de la sociabilité et le renforcement du lien social sont au coeur des enjeux du développement de la consommation collaborative. Le danger pourtant est qu’elle ne se résume qu’à une économie de la fonctionnalité oubliant les principes et valeurs qui la motivent.

Les hubs de partage peuvent prendre des milliers de formes différentes, nous l’avons vu, selon qui conduira à l’émergence de ces outils du lien social. Pour favoriser des initiatives sociales, ascendantes, portées par les citoyens, faut-il inventer de nouveaux outils du vivre ensemble ? C’est ce que propose cette piste, s’inspirant des propositions de l’architecte et urbaniste Nicolas Soulier sur la reconquête des rues, en souhaitant explorer l’idée du 1% sociabilité. Et si 1% des charges des immeubles annuelles étaient dédiées à la sociabilité de l’immeuble et de la rue ? Et que l’utilisation de ce budget était votée par les copropriétaires et les locataires ? Qu’ils décident d’organiser une fête des voisins, d’aménager un local de bricolage dans la cour, une cabane à vélo, un espace barbecue extérieur, ou acheter un banc pour mettre devant l’immeuble ou planter une frondaison à l’entrée de l’immeuble… Pour inviter les copropriétés à réfléchir au lien social autrement que par des grilles et des digicodes, pourrait-on imaginer une proposition de loi qui instaure un pourcentage des charges annuelles dédiées à favoriser le lien social ?

L’enjeu de ce démonstrateur est de regarder concrètement la faisabilité légale d’un dispositif de ce type et ses modalités d’application afin de développer un outil permettant d’envisager des évolutions plus rapides que ne le permettent l’évolution des PLU et plus pérennes que les journées d’actions dédiées sur le modèle Parking day. Comment laisser les gens faire et créer eux-mêmes leurs modes de partage ?

Initier la 1re ville du partage française

Un laboratoire urbain pour le partage grandeur nature

L’exemple du programme Sharing City de Séoul est forcément inspirant. La capitale de la Corée du Sud a décidé de devenir aussi la capitale du partage et de l’économie collaborative. Pilotée par un bureau d’innovation mis en place spécialement, la ville a démultiplié les programmes : ouvertures de plus de 800 immeubles au public, programme d’incubation dédié, promotion de services de troc et de covoiturage, travail avec les assureurs pour trouver des modalités d’accompagnement inédites.

Une politique offensive de ce type faisant le pari de la collaboration est un formidable laboratoire vivant pour développer des initiatives et des services adaptés, à l’image du Nesta britannique qui propose de développer un laboratoire dédié à l’économie collaborative, pouvons-nous amener une ville française à le devenir ? Comment initier, favoriser et lever les obstacles au développement de la 1ère ville du partage française avec une politique volontaire ? Comment en initier une et en faire éclore 100 ?

À la Fing, nous sommes convaincus que la France a besoin de laboratoires grandeur nature !

La conciergerie glocale

Développer le partage en mode hyperlocal

Passer par l’angle de l’hyperlocal réinterroge bien des questions de la consommation collaborative. Que serait un acteur public, associatif ou privé qui se proposerait de devenir le Magic collaboratif de l’hyperlocal ? Qui proposerait, sur demande des habitants, d’accompagner au lancement de 100 services collaboratifs à l’échelle locale sur un an ?

Services d’achats groupés hyperlocaux, conciergerie et consignes, gestion d’espace partagée pour l’hébergement, les réceptions ou le travail, accueillant à la fois plateformes d’échanges de proximité physique et virtuelle… Combien de services différents une conciergerie hyperlocale doit-elle proposer pour devenir rentable – et peut-elle fournir très bien plusieurs types de services ?

Beaucoup de services hyperlocaux de la consommation collaborative se lancent sur un créneau et un seul et rencontrent des difficultés à consolider leur modèle économique. Pourrions-nous tester en vrai, concrètement, un service de conciergerie qui démultiplierait les offres pour mieux préciser les modèles d’affaires accessibles et permettre à des milliers de conciergeries glocales de voir le jour, comme l’ont été les boutiques de cigarettes électroniques ?

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Notes
1. Comment développer des services de covoiturage locaux à la descente d’un train par exemple sans signalétique appropriée dans la gare ? Peut-on demander à des gens de télécharger une application alors que les services peuvent être très différents d’une gare à l’autre ? …
2.Contrairement à bien des AMAP, dont l’accès est souvent très contraint, la société Au bout du champ propose de récupérer ses légumes et fruits via des casiers dans une boutique ouverte bien après 22h.
3.Un hub de partage numérique peut aussi être le point de centralisation de ses propres données personnelles concernant ses pratiques collaboratives, les profils de ses différentes plateformes, afin d’en faciliter la gestion par l’individu.

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