Le bois peut lui aussi se souder
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Près de 100 000 tonnes de colles d'origine pétrochimique sont utilisées en France par an. En plus des risques de pollutions, l'emploi de ces colles induit un surcoût et requiert un temps de polymérisation très long pour obtenir le collage. Par comparaison, le soudage du bois sans colle est très rapide. Il consiste à frotter les pièces de bois l'une sur l'autre en appliquant une pression. Pour cela, on utilise une machine de soudage par friction, machine utilisée habituellement pour souder les matériaux thermoplastiques notamment dans l'industrie automobile. Aux températures très élevées obtenues par la friction (supérieures à 180°C), la lignine et l'hémicellulose qui constituent la paroi des fibres de bois changent d'état et de comportement. Les fibres "fondent", s'enchevêtrent et se soudent les unes aux autres sous l'effet de la pression, formant un joint à la surface de contact entre les pièces. Les chercheurs ont montré que de nouveaux composés carbonés, tels que le furfural, apparaissent et solidifient le réseau de lignine et d'hémicellulose formé. La résistance mécanique de ces joints, obtenus en quelques secondes, est équivalente à celle d'une colle après 24 h de collage. Ce procédé peut être appliqué pour souder 2 pièces planes, d'une même essence de bois ou d'essences différentes, pour la réalisation de meubles et menuiseries intérieures, la seule restriction du procédé étant qu'il n'est pas adapté aux milieux humides. On pourra ainsi passer des "lamellés collés" aux "lamellés-soudés", pour les parquets par exemple. Pour la petite histoire...Paradoxalement, un des chercheurs qui a coordonné ces travaux, Tony Pizzi, est un spécialiste des colles. Lors d'un essai portant sur le collage du bois avec des résines thermoplastiques polymérisées par friction linéaire, un technicien de l'HSB oublia de mettre la résine. C'est ainsi que les propriétés de "fusion" du bois ont été démontrées : la friction suffisait à coller le bois ! Grâce aux analyses réalisées par l'équipe française, par les techniques de RMN (Résonance magnétique nucléaire), de microscopie électronique et de radiographie aux rayons X, les scientifiques ont pu observer et étudier les interactions moléculaires qui se produisent au coeur du bois lors de ces phénomènes. |